samedi 30 avril 2016

Amérique latine: fin d'un cycle ou épuisement du post-néolibéralisme

L’Amérique latine fut l’unique continent où des options néolibérales furent adoptées par plusieurs pays. Après une série de dictatures militaires, appuyées par les Etats-Unis et porteuses du projet néolibéral, les réactions ne se firent pas attendre.

Le sommet fut le rejet en 2005 du Traité de Libre Echange avec les Etats-Unis et le Canada, fruit d’une action conjointe entre mouvements sociaux, partis politiques de gauche, ONG et Eglises chrétiennes.

Les gouvernements progressistes

Les nouveaux gouvernements au Brésil, Argentine, Uruguay, Nicaragua, Venezuela, Equateur, Paraguay et Bolivie, mirent en place des politiques rétablissant l’Etat dans ses fonctions de redistribution de la richesse, de réorganisation des services publics, surtout l’accès à la santé et à l’éducation et d’investissements dans des travaux publics. Une répartition plus favorable des revenus des matières premières entre multinationales et Etat national (pétrole, gaz, minerais, produits agricoles d’exportation) fut négociée et la bonne conjoncture, pendant plus d’une décennie, permit des rentrées appréciables pour les nations concernées.

Parler de la fin d’un cycle introduit l’idée d’un certain déterminisme historique, suggérant l’inévitabilité d’alternances de pouvoir entre la gauche et la droite, notion inadéquate si le but est de remplacer l’hégémonie d’une oligarchie par des régimes populaires démocratiques.
Par contre, une série de facteurs permettent de suggérer un épuisement des expériences post-néolibérales, en partant de l’hypothèse que les nouveaux gouvernements furent post-néolibéraux et non post-capitalistes.

Evidemment, il serait illusoire de penser que dans un univers capitaliste, en pleine crise systémique et par conséquent particulièrement agressif, l’instauration d’un socialisme « instantané » soit possible. Il existe d’ailleurs des références historiques à ce sujet. La NEP (Nouvelle Politique Economique) dans les années 20 en URSS, en est un exemple, à étudier de façon critique. En Chine et au Vietnam, les réformes de Deng Xio Ping ou du Doi Moi (rénovation) expriment la conviction de l’impossibilité de développer les forces productives, sans passer par la loi de la valeur, c’est-à-dire par le marché (que l’Etat est censé réguler). Cuba adopte, de manière lente, mais sage, des mesures destinées à agiliser le fonctionnement de l’économie, sans perdre les références fondamentales à la justice sociale et au respect de l’environnement. Se pose donc la question des transitions nécessaires.

Un projet post néolibéral

Le projet des gouvernements « progressistes » de l’Amérique latine de reconstruire un système économique et politique capable de réparer les effets sociaux désastreux du néolibéralisme, n’était pas une tâche facile. Rétablir les fonctions sociales de l’Etat supposait une reconfiguration de ce dernier, toujours dominé par une administration conservatrice peu à même de constituer un instrument de changement.

Dans le cas du Venezuela, c’est un Etat parallèle qui fut institué (les missions) grâce aux revenus du pétrole. Dans les autres, de nouveaux ministères furent créés et les fonctionnaires progressivement renouvelés. La conception de l’Etat qui présida au processus fut généralement centralisatrice et hiérarchisée (importance d’un leader charismatique) avec tendance à instrumentaliser les mouvements sociaux, le développement d’une bureaucratie souvent paralysante et aussi l’existence de la corruption (dans certains cas sur une grande échelle).

La volonté politique de sortir du néo-libéralisme eut des résultats positifs: lutte efficace contre la pauvreté pour des dizaines de millions de personnes, meilleur accès à la santé et à l’éducation, investissements publics dans les infrastructures, bref une redistribution au moins partielle du produit national, fortement accru par l’accroissement des prix des matières premières. Il en résultat des avantages pour les pauvres, sans pour autant affecter sérieusement les revenus des riches. S’ajoutèrent à ce panorama des efforts importants en faveur de l’intégration latino-américaine, créant ou renforçant des organismes tels que le Mercosur, réunissant une dizaine de pays de l’Amérique du Sud, UNASUR, pour l’intégration du Sud du continent, la CELAC pour l’ensemble du monde latin, plus les Caraïbes et enfin l’ALBA, avec une dizaine de pays à l’initiative du Venezuela.

Il s’agissait, en l’occurrence, d’une perspective de coopération tout à fait nouvelle, non de compétition, sinon de complémentarité et de solidarité car, en effet, l’économie interne des pays «progressistes» resta dominée par le capital privé, avec sa logique d’accumulation, surtout dans les secteurs de l’extraction pétrolière et minière, des finances, des télécommunications et du grand commerce et avec son ignorance des «externalités», c’est-à-dire des dommages écologiques et sociaux. Cela provoqua des réactions grandissantes de la part de plusieurs mouvements sociaux. Les moyens de communication sociale (presse, radio, télévision) restèrent en grande partie entre les mains du grand capital national ou international, malgré des efforts de rectifier une situation de déséquilibre communicationnel (TeleSur et lois nationales sur les communications).

Quel type de développement ?

Le modèle de développement s’inspira du « développementisme » (desarrollismo) des années 60, lorsque la Commission Economique pour l’Amérique latine de l’ONU, proposa de substituer les importations par une production interne accrue. Son application au XXIe siècle, dans une conjoncture favorable des prix des commodities, jointe à une perspective économique centrée sur l’accroissement de la production et à une conception redistributrice du revenu national sans transformation fondamentale des structures sociales (absence notamment de réforme agraire) déboucha sur une « ré-primarisation » des économies latino-américaines et une dépendance accrue vis-à-vis du capitalisme de monopole, allant même jusqu’à une désinsdustrialisation relative du continent.

Le projet se transforma peu à peu en une modernisation acritique des sociétés, avec des nuances selon les pays, certains, comme le Venezuela accentuant la participation communale. Cela déboucha sur une amplification des classes moyennes consommatrices de biens extérieurs. Les mégaprojets furent encouragés et le secteur agricole traditionnel abandonné à son sort pour privilégier l’agro-exportation destructrice des écosystèmes et de la biodiversité, allant même jusqu’à mettre en danger la souveraineté alimentaire. Nulles traces de véritables réformes agraires. La diminution de la pauvreté par des mesures surtout assistancielles (ce qui fut aussi le cas des pays néo-liberaux) ne réduisit guère les distances sociales, qui restent les plus élevées du monde.

Pouvait-on faire autrement ?

On peut évidemment se demander s’il était possible de faire autrement. Une révolution radicale aurait provoqué des interventions armées et les Etats-Unis disposent de tout l’appareil nécessaire à cet effet: bases militaires, alliés dans la région, déploiement de la 5e flotte autour du continent, renseignements par satellites et avions awak et ils ont prouvé que des interventions n’étaient pas exclues : Santo Domingo, baie des Cochon à Cuba, Panama, Grenade.

Par ailleurs, la force du capital de monopole est telle, que les accords passés dans les domaines pétroliers, miniers, agricoles, se transforment très vite en de nouvelles dépendances. Il faut y ajouter la difficulté de mener des politiques monétaires autonomes et les pressions des organismes financiers internationaux, sans parler de la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux, comme l’ont montré les Panama Papers.

Par ailleurs, la conception du développement des leaders des gouvernements «progressistes» et de leurs conseillers était nettement celle d’une modernisation des sociétés, en décalage avec certains acquis contemporains, tels que l’importance du respect de l’environnement et de la possibilité de régénération de la nature, une vision holistique de la réalité, base d’une critique de la modernité absorbée par la logique du marché, l’importance du facteur culturel. Curieusement, les politiques réelles se développèrent en contradiction avec certaines constitutions tout à fait innovatrices dans ces domaines (droit de la nature, «bien vivre»).

Les nouveaux gouvernements furent bien accueillis par les majorités et leurs leaders plusieurs fois réélus avec des scores électoraux impressionnants. En effet, la pauvreté avait réellement diminué et les classes moyennes avaient doublé de poids en quelques années. Il y avait donc un véritable appui populaire. Il faut enfin ajouter aussi que l’absence d’une référence «socialiste» crédible, après la chute du mur de Berlin, n’incitait guère à présenter un autre modèle que post-néolibéral. L’ensemble de ces facteurs font penser qu’il était difficile, objectivement et subjectivement, de s’attendre à un autre type d’orientation.

Les nouvelles contradictions

Cela explique une rapide évolution des contradictions internes et externes. Le facteur le plus spectaculaire fut évidemment les conséquences de la crise du capitalisme mondial et notamment de la chute, partiellement planifiée, des prix des matières premières et surtout du pétrole.

Le Brésil et l’Argentine furent les premiers pays à en connaître les effets, mais suivirent rapidement le Venezuela et l’Equateur, la Bolivie résistant mieux, grâce à l’existence de réserves importantes de devises. Cette situation affecta immédiatement l’emploi et les possibilités de consommation de la classe moyenne. Les conflits latents avec certains mouvements sociaux et une partie des intellectuels de gauche, firent surface. Les défauts du pouvoir, jusqu’alors supportés comme le prix du changement et surtout dans certains pays, la corruption installée comme partie intégrante de la culture politique, provoquèrent des réactions populaires.

La droite s’empara évidemment de cette conjoncture pour mettre en route un processus de reconquête de son pouvoir et de son hégémonie. Faisant appel aux valeurs démocratiques qu’elle n’avait jamais respecté, elle réussit à récupérer une partie du corps électoral, notamment en accédant au pouvoir en Argentine, en conquérant le parlement au Venezuela, en remettant en question le système démocratique du Brésil, en s’assurant des majorités dans les villes en Equateur et en Bolivie. Elle essaya de profiter de la déception de certains secteurs, notamment des indigènes et des classes moyennes. Appuyée également par de nombreuses instances nord-américaines et par les moyens de communication en son pouvoir, elle s’efforça de surmonter ses propres contradictions, notamment entre les oligarchies traditionnelles et les secteurs modernes.

En réponse à la crise, les gouvernements «progressistes» adoptèrent de plus en plus de mesures favorables aux marchés, au point que la «restauration conservatrice» qu’ils dénoncent régulièrement, s’introduit subrepticement à l’intérieur d’eux-mêmes. Les transitions deviennent alors des adaptations du capitalisme aux nouvelles demandes écologiques et sociales (un capitalisme moderne) et non des pas en avant vers un nouveau paradigme post-capitaliste (réforme agraire, soutien à l’agriculture paysanne, fiscalité mieux adaptée, autre vision du développement, etc.).

Tout cela ne signifie pas la fin des luttes sociales, au contraire. La solution se situe dans le regroupement des forces de changement, à l’intérieur et à l’extérieur des gouvernements, sur un projet à redéfinir dans son objet et ses formes de transitions et la reconstruction de mouvements sociaux autonomes aux objectifs centrés sur le moyen et long terme.

Article rédigé par François Houtart pour "Le Drapeau Rouge", Bruxelles, No 56 (mai-juin 2016)

vendredi 23 octobre 2015

RDC : une fronde au sein de la majorité présidentielle ou le revers de l’inconstance politique

Le premier novembre 1980, alors que la dictature de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Zambanga annonçait ses couleurs et se radicalisait de plus en plus, un groupe de 13 parlementaires prit son courage à deux mains en adressant au léopard une lettre où ils dénoncèrent tous les méfaits de son régime.
C’était au risque de leur vie. Il faut en effet se rappeler que précédemment, le 2 juin 1966, quatre compatriotes avaient été pendus à la Grand-Place de Pont Cabu (actuel Pont Kasa-Vubu) pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

Trente cinq ans plus tard, on dirait que l’histoire est en train de se répéter puisque sous les tentatives saugrenues du régime de Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du mandat constitutionnel qui prend fin le 19 décembre 2016, un groupe de sept partis politiques (1) (G7) membres de la majorité présidentielle vient de claquer la porte de cette majorité, le 14 septembre 2015, en dénonçant dans une correspondance adressée au chef de l’Etat toutes les manœuvres dilatoires pour prolonger son mandat et ne pas respecter la constitution de la république.
Cette correspondance est à la base d’une grande et importante fronde au sein du régime Kabila. Elle entraîna plusieurs démissions en cascade dans les institutions publiques allant du gouvernement central aux gouvernements provinciaux. La dernière démission en date est celle du mardi 29 septembre 2015 du tout puissant gouverneur du Katanga, Moise Katumbi Chapwe qui a démissionné du parti présidentiel le PPRD (2) et de son poste de gouverneur de province. Comme ses pairs du G7, il dénonce la volonté délibérée du régime en place de ne pas respecter la Constitution qui limite à deux seulement le mandat du chef de l’Etat.

Une minute de courage peut-il récompenser des années (9 ans) de lâcheté ?

Au regard de ce théâtre politique qui ressemble a du déjà vu et déjà entendu, les citoyens se demandent si pareille situation fait avancer ou reculer la démocratie puisque tous ces gens ont géré le système depuis dix ans. Pourquoi est-ce seulement à une année de la fin du règne qu’ils se précipitent à quitter le régime. Comme qui dirait «quand le bateau veut chavirer, le rat en sort toujours le premier». Toutes les stratégies appliquées actuellement par les faucons du régime en vue de prolonger le mandat de Kabila ont été concoctées et ficelées avec eux: la tricherie électorale de 2011, la sortie du livre du professeur Evariste Boshab sur le troisième mandat de Kabila ou l’inanition de la nation congolaise, les évènements de janvier 2015 autour de la fameuse loi électorale et son article 8 (loi dite loi Evariste Boshab), les concertations nationales, les violations graves des droits humains, les détournements faramineux des biens publics… ils étaient tous là.

Il n’est jamais tard pour mieux faire, dit-on, mais en politique tout se fait par calcul des dividendes et pas vraiment par souci du bien-être de la population. Il y a donc lieu d’être dubitatif sur la sincérité de cet acte de démission de la majorité présidentielle posé par ces véreux et vétérans politiciens congolais. Ce doute peut doublement induire quelques appréhensions de la situation. D’abord, on peut certes croire que le G7 en a eu ras-le-bol du régime Kabila puisque ce serait la troisième fois qu’ils auraient écrit au chef de l’Etat pour lui faire part des malaises qui gangrenaient leur famille politique.

Ensuite, rien n’empêche de penser qu’il s’agisse là d’une stratégie interne à la majorité et ou des katangais pour flouer finalement l’opposition qui, soutenue par la population, s’oppose farouchement au 3e du mandat de Joseph Kabila. Le chef de l’état est lui-même du Katanga. Cette hypothèse se défendrait par l’inconstance des opérateurs politiques congolais qui n’ont ni convictions idéologiques, ni une vision politique à long terme pour lesquelles ils accepteraient de tout perdre. Cette culture de renier facilement sa tendance politique la journée et la confesser la nuit et vice versa date de 50 ans. On dit que toute l’opposition d’Etienne Tshisekedi n’a consisté qu’à ce jeu-là, faire le jeu de la survie politique par le mensonge public. Où s’arrêtera donc la honte congolaise ? Il faudrait une nouvelle éthique de l’engagement politique devant cette incertitude démocratique qui risque de conduire à une régression. Cette culture qui apprendrait aux politiciens congolais de s’assumer et d’avoir le courage de leurs convictions.

Quelle incidence sur la démocratie congolaise ?

Le retrait du G7 de la majorité présidentielle pourrait donc être une stratégie katangaise de conserver le pouvoir au Congo, dès lors que tout potentiel dauphin à Kabila, de quelle trempe qu’il soit, fut-ce Moise Katumbi, n’aurait pas la chance d’être élu à la présidentielle sous le label du PPRD à cause des crises de légitimité, de pénétration et de distribution des richesses nationales surtout quand s’ajoutent le détournement des biens publics et la corruption qui caractérisent le régime depuis 15 ans.
Légalement investi, Joseph Kabila n’a pas été accepté par les gouvernés à cause de son inefficacité face aux demandes des congolais; sa gouvernance n’a pas su contrôler le territoire national avec des politiques publiques conséquentes et une stratégie de communication adéquate. Cela étant, il était stratégiquement indispensable aux potentiels présidentiables de se lancer en opposition pour se faire accepter par les citoyens, mais là encore tout n’est pas gagné.

Le G7 est constitué de personnalités bien rodées en politique mais dont l’acte de démission, perçu comme une bravoure par certains, souffre tout de même d’un handicap gênant: celui d’avoir collaboré avec le régime de Joseph Kabila et bénéficié de ses faveurs depuis 10 ans mais aussi des nostalgiques du mobutisme.

Il sied de remarquer que certaines institutions d’appui à la démocratie sont (momentanément peut-être) en difficulté de fonctionnement suite à cette démission, car beaucoup d’entre elles fonctionnent sur base de quota des parties de la majorité présidentielle. C’est pourquoi par exemple la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), dont certains animateurs appartenaient aux partis du G7, doit procéder à leur remplacement. Ce processus de remplacement aura certainement des répercussions sur le processus électoral particulièrement en ce qui concerne le calendrier électoral déjà en retard. Dans le contexte actuel, on peut imaginer que pour opérer ce bouleversement, le régime en place s’évertuera à prendre son temps. Il en est de même pour les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat: mutatis mutandis en province. Nous ne parlons pas encore des mandataires dans les entreprises publiques sachant que l’Etat est un tout.

Par ailleurs il faut se rappeler que le G7 compte 80 députés à la chambre basse, ce qui fait de lui désormais la première force de l’opposition politique à la défaveur de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi qui compte 41 députés et de l’UNC de Vital Kamerhe qui n’en compte que 17. Ceux-là n’ont jamais compris la nécessité de s’allier pour être fort. Après les élections de 2011, l’UDPS et l’UNC ont été proclamé successivement deuxième et troisième partis politiques de l’opposition, ils sont tous et chacun jaloux de ce positionnement. Dans ces conditions, quel genre de compromis pourrait se réaliser entre ce G7 et les autres partis de l’opposition et combien de temps faudra-t-il pour le faire puisque depuis 2011 ces derniers ne se sont jamais mis d’accords sur leur porte-parole.

In fine, toutes ces péripéties risquent d’écorner encore plus le processus démocratique déjà menacé par la volonté du régime de se maintenir au pouvoir au-delà du mandat constitutionnel. En outre, si demain les élections sont enfin là, il est davantage certain que le peuple se trompera sur les individus à choisir et sur les projets de société qui se présenteront à lui.

Beaucoup d’analystes politiques pensent que la démocratie a été, pour l’essentiel, un échec en Afrique, probablement du fait d’une conjonction de raisons structurelles et conjoncturelles (prise du pouvoir par des despotes peu éclairés, absence de structures étatiques, insuffisante éducation du peuple…). Ils n’ont pas du tout tort. En République Démocratique du Congo, les raisons structurelles et conjoncturelles sont très prononcées puisque la scène politique congolaise est marquée par la multitude des partis politiques et des acteurs sans ligne idéologique connue et défendue. Tout est marqué par une corrosion dénotée par une inconstance politique qui décrédibilise les acteurs politiques congolais.

Il suffit de revisiter les déclarations de tous les membres du G7 particulièrement celles de Moise Katumbi lorsque Vital Kamerhe (ancien secrétaire général du parti présidentiel) avait quitté la majorité présidentielle pour s’en convaincre. Elles étaient d’un acharnement indicible et des critiques virulentes à son encontre le traitant de traître aux ambitions démesurées. Aujourd’hui le temps a-t-il tranché ?

Somme toute, la fronde actuelle au sein de la majorité présidentielle pourrait avoir une double conséquence sur la démocratie en République Démocratique du Congo: d’abord affaiblir l’enracinement de la démocratie dans la mesure où ces démissions du G7 ne seraient pas sincères et s’inscriraient dans une logique noire du parti au pouvoir de flouer l’opposition politique et le peuple congolais qui s’opposent farouchement à la révision constitutionnelle en janvier 2015 et au glissement du mandat du président au-delà de décembre 2016. Mais cela étant, il ne faudra pas oublier que selon l’américain Juan Linz, un système politique s’écroule toujours lorsque le pouvoir éclate et lorsqu’il n’y a plus de croyance en la légitimité des acteurs politiques et des institutions. La révolution éclate toujours lorsqu’il y a un fossé entre les aspirations légitimes du peuple et les décisions du gouvernement. Selon Feyarebend, la révolution découle aussi d’une frustration, et sont considérés comme frustrés, les individus aspirant légitimement à une situation mais qui se trouvent bloqués par d’autres individus ou par un système sur le chemin de l’accession à la dite situation. Le ferment agitateur est fin prêt pour que le peuple se soulève contre tout acte politique qui tendrait à lui confisquer la satisfaction de ses aspirations. Cette fronde place-t-elle le Congo-Kinshasa sous le schéma burkinabé ? Difficile à dire pour l’instant.

Si par contre, le G7 joue franc jeu de l’opposition et de la population congolaise, la démocratie en sortira métallisée et stabilisée. Et leur acte sera pris pour un acte républicain et de grande bravoure politique: déjà que la culture de démissionner est une grande valeur citoyenne et démocratique, mais si cela est un grenouillage, la république et la démocratie en sortiront affaiblies.

Wait and see disent les anglais!
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(1) Le Mouvement Social pour le Renouveau (MSR), l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC), le Parti Démocrate-Chrétien (PDC), l’Avenir du Congo (ACO), l’Union Nationale des Fédéralistes du Congo (UNAFEC), l'Union Nationale des Démocrates Fédéralistes (UNADEF), l’Alliance des Démocrates pour le Progrès (ADP).
(2) PPRD : Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie.