vendredi 11 janvier 2019

Elections de 2018 en RDC: «Mentez, mentez, il en restera quelque chose…!»

Il y a deux ans que prenait fin le 2e et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila. Les élections présidentielles, législatives nationales et provinciales attendues avant le 19 décembre 2016 n’avaient pas eu lieu faute de volonté politique, liée à la boulimie du pouvoir. La nuit d’attente aura été longue pour les congolais mais le soleil est en fin apparu.


Le pouvoir Kabila a tenté plusieurs stratégies machiavéliques voire cyniques pour se maintenir au pouvoir, mais en vain! Le peuple est resté exigeant quant à l’organisation des élections et l’a parfaitement bien exprimé par des grandes manifestations publiques, souvent réprimées dans le sang... Bon gré, mal gré, un calendrier les projetant au 23 décembre 2018 fut publié par la CENI.

Aussi longue que peut paraître une nuit, le soleil finit par apparaître. Le compte à rebours avait donc commencé; l’on avançait à tâtons avec plus de peurs et d’incertitudes sur la tenue effective de ces élections à la date prévue, sur leur caractère transparent, démocratique et libre. La CENI, organe habilité à l’organisation électorale, ne rassurait plus les citoyens. Ses attitudes et ses agissements souvent inconsensuels pêchaient contre l’indépendance dont elle se réclame à corps et à cris. Mais plus les jours avançaient plus les espoirs s’estompaient; l’on y croyait de moins en moins et la pression populaire croissait tous azimuts; comme qui dirait, plus on monte en altitude plus la confiance diminue d’un degré…

Mentez, mentez, il en restera quelque chose…


L’année à peine a fini sa carrière, disait Alphonse de Lamartine dans son célèbre poème « Le Lac » et il n’y a pas eu moyen que 2018 suspende sa course. 2018 s’est vécu et terminé sur des vifs questionnements: « Les élections auront-elles lieu ou pas?... ». La CENI ainsi que le pouvoir ont tenté de rassurer mais pas sans peine. Les paradoxes ont été nombreux: à une semaine près du jour-J, l’entrepôt de la CENI a pris feu à Kinshasa laissant consumer des milliers de machines et autres outils électoraux (dixit la CENI). L’origine du feu n’a jusqu’aujourd’hui pas été déterminée.
Le pouvoir a refusé d’accréditer les observateurs occidentaux (UE et USA) à l’exception de ceux de la SADC. L’ambassadeur de l’UE a été expulsé et à 3 jours de la date du scrutin, soit le 20 décembre, la CENI a annoncé sueur à la main le report des élections du 23 au 30 décembre, soit sept jours plus tard en avançant trois motifs majeurs jugés d’ailleurs superfétatoires et fallacieux : 
- logistique (faute de l’incendie de l’entrepôt de Kinshasa), 
- le virus Ebola à Beni dans le Nord-Kivu 
- et l’insécurité.

Tout cela a alimenté de vives inquiétudes et mêmes des tensions à travers le pays. Mais le peuple congolais n’a rien lâché… Il s’est imposé la patience, la détermination et surtout la retenue pour éviter de prêter le flanc au régime qui cherchait mordicus un alibi ou une échappatoire. Tout le pays était donc suspendu à la date du 30 décembre et cela devenait une question de vie ou de mort nationale. Pendant ce temps des supputations sont allées dans tous les sens, les unes augurant une démission éventuelle des animateurs de la CENI avant la date des élections, d’autres annonçant une guerre qui compliquerait la donne, surtout qu’il y a eu en ce moment précis des mouvements militaires intenses à travers tout le pays. Ceci prêtait à beaucoup d’associations d’idées et d’interrogations ; d’autres enfin évoquaient des stratégies cyniques pour éviter les élections. Au niveau régional, on a constaté de vives tensions entre le Rwanda et le Burundi, ce qui ne paraissait pas anodin non plus connaissant l’histoire récente et l’implication malencontreuse de ces pays en république démocratique du Congo… mais encore une fois les congolais n’ont rien lâché.

Campagne électorale ou campagne de dupes ?


A malin, malin et demi!
La campagne électorale s’est déroulée dans un climat d’incertitude et de duperie surtout pour les candidats du pouvoir qui, de ce fait, avaient du mal à s’identifier comme tel ou à dévoiler le nom de leur candidat président qui du reste était le dauphin de Kabila, Emmanuel Ramazani Shadari, que la population a diversement stigmatiser en lui collant des sobriquets du genre : «défunt Shadari», «Chantal
», «le tilapia Shadari», «monsieur coup sur coup», etc. Toute ces expressions pour exprimer le ras-le-bol contre le régime et son système de gestion de la république.
Par ailleurs, ce comportement des candidats de la majorité présidentielle extériorisait le malaise qui ronge discrètement voire profondément cette famille politique depuis plusieurs mois et surtout le désaccord de beaucoup d’entre eux sur la désignation unilatérale et inattendue de Shadari comme successeur à Joseph Kabila. Les plus audacieux de cette majorité qui ont battu campagne ont eu du mal à vendre leur projet de société étant donné le bilan négatif de 17 ans du régime Kabila caractérisé par une misère criante et les conditions de vie  inhumaines de la population. Comme pour dire que nos actes nous accompagnent.

Le candidat Shadari a battu sa campagne sous le terme de la continuité de l’œuvre de Kabila,  mais pour le peuple cette continuité signifiait la suite de la misère qui lui a été imposée durant tout le règne: l’insécurité permanente, l’absence de l’électricité et de l’eau potable, le non accès aux soins de santé de qualité, le chômage accru, les salaires insignifiants difficilement acquis (sida), les mauvaises conditions socio-économiques des militaires et policiers, la prise en charge des enseignants par les parents d’élèves, l’impunité, l’injustice, l’enrichissement illicites, les conflits fonciers, l’état désastreux des routes, les tracasseries fiscales, les viols et tueries massifs, etc. 

La plateforme électorale du pouvoir, le Front Commun pour le Congo (FCC) a beau distribuer de l’argent, des pagnes de valeurs, des t-shirts, des chapeaux, de la nourriture et autres biens ainsi que des promesses fallacieuses, mais hélas… tout cela n’a pas convaincu les électeurs à en croire les résultats affichés par les différents bureaux de vote après les élections du dimanche 30 décembre : un vote sanction. Toute la campagne s’est passée dans une ambiance électrique mettant en mal de positionnement les collabos du pouvoir en place ; une sorte de règlement de compte du peuple aux gouvernants.

L’occasion était enfin arrivée pour l’opposition politique de prendre sa revanche contre le pouvoir. Elle n’a fourni aucun effort pour convaincre les électeurs: la situation socio-politique avait préalablement joué en leur faveur, il lui a fallu seulement un peu de populisme et l’espoir de la victoire électorale devenait un rêve nourri.

Pourtant cette opposition portait aussi des tares réfragables susceptibles d’influencer le vote du peuple. Il s’agit notamment de leur incapacité de s’entendre et de formuler un seul projet de vote autour d’une seule candidature. Il y a eu des tentatives en ce sens mais dans leurs rencontres en Afrique du Sud et à Genève, tous manquaient de sincérité. A malin, malin et demi. Leurs égos étaient plus fort que la volonté de s’unir. C’est ainsi qu’in fine, il en est sorti deux camps : celui de Nairobi avec Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe, les déçus de Genève appelé « Camp pour le changement (CACH en sigle)» et celui de la coalition, Lamuka (levez - vous) avec Martin Fayulu, la surprise de Genève, Jean-Pierre Bemba, Katumbi, Adolphe Muzito... les exclus du processus électoral.

Le vote sanction du 30 décembre 2018


Est pris qui croyait prendre! Oui. On peut tromper une partie du peuple pendant un temps mais on ne peut pas tromper tous les peuples tous les temps.

Beaucoup de candidats au pouvoir n’ont pas été vigilants et assez perspicaces pour bien lire les signes du temps. Ils se sont laissés duper par les discours sardoniques du peuple qui les adulait et les donnait d’ores et déjà gagnants des élections. Des discours du genre « honorable, ulisha pita » du swahili qui signifie en français « honorable, tu es déjà passé comme élu … » Quelle moquerie populaire!

En réalité, le peuple, pour la plupart, savait qu’il ne voterait pas pour les candidats du régime, qu’il lui fallait un renouvellement de la classe politique mais stratégiquement il ne fallait pas ne pas laisser passer l’argent de ces gars-là. « Ils nous ont beaucoup et longtemps pillé, c’est notre unique occasion de reprendre quelques billets et biens… » s’en convainquait le peuple (électeurs et non électeurs à la fois).

La stratégie a bien marché car à en croire le dépouillement électoral, rares sont les dignitaires qui se sont fait réélire. Tout au long de la campagne électorale, les acteurs de la société civile ont lancé et soutenu plusieurs campagnes de sensibilisation électorale du genre « zéro élu réélu », « effaçons le tableau », « Tubakule na tuba kwepe » qui se traduit littéralement en français « prenons tout ce qu’ils nous donneront et sauvons-nous d’eux » etc.

En dehors d’un tripatouillage électoral éventuel, beaucoup d’entre eux, si pas tous, ne devraient plus se retrouver sur la scène politique à travers les élections démocratiques, transparentes et libres. Il suffit de voir les résultats à la présidentielle pour s’en convaincre. Le candidat de la majorité présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadari, est sorti 3e loin derrière les deux opposants favoris, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu. Pourtant, on n’organise pas les élections pour les perdre se disaient-ils.

Alors que les candidats du pouvoir pensaient distribuer de l’argent au peuple pour acheter leurs consciences et par là, leur vote ; ce dernier a effectivement bouffé l’argent des politiciens mais n'a pas voté pour eux pour autant. Ceci paraît comme un avertissement pour les prochaines élections, ceux qui voudront se faire élire devront préalablement savoir ce que veut le peuple, ce que demande le peuple. Il est clair avec ces élections passées que l’argent n’est plus une garantie pour se faire élire. 

A bon entendeur salut !

vendredi 9 novembre 2018

Solange Lusiku, une vie de pionnière atypique …


Il est venu parmi eux et les siens ne l’ont pas reconnu... Ainsi est la vie de certaines personnes dont le modus vivendi sort de l’ordinaire et marque de manière aussi profonde que rapide leur temps sur terre.

Solange Lusiku Nsimire Kayange, « Solsol le jour », n’a pas échappé à la règle: 46 ans de vie sur terre. Pas suffisant pour mourir de sitôt pourtant ça paraît beaucoup au regard de la richesse qu’elle laisse derrière elle, de son engagement social et son combat pour la démocratie et la promotion des droits de la femme. Que de si peu de temps, elle ait eu une vie qui aura marqué son temps… il faut bien le souligner avec force.

Considérée comme l’une des femmes pionnières de la presse écrite au Sud-Kivu, voire en République démocratique du Congo, elle a passé la majeure partie de sa vie au journal le Souverain où elle a usé de sa plume pour former et informer le public congolais et d’ailleurs sur des questions de tous ordres. Battante et soldate de la démocratie, le monde l’a admis à la grande fierté de la presse du Sud-Kivu. Engagée à combattre la rumeur et la désinformation dans un environnement où tout cela s’impose comme règle; un environnement où la population reste un peu ignorante sur un certain nombre de sujets surtout sur la gestion du res publica (bien public), les droits de l’homme et particulièrement les droits de la femme, l’interaction entre les dirigeants et les dirigés, les héros vivants oubliés de la société qui ont marqué dans toute humilité et effacement leurs secteurs de vie et leurs générations, etc. Solange a forgé dans toute simplicité et détermination l’admiration de plus d’un dans sa façon de vivre et d’informer, la qualité de l’information dans le journal le Souverain libre…

Troublée souvent par les événements, par les fausses amitiés de parcours, les attitudes des hommes politiques congolais, surtout la situation socio-politique et le contexte global du pays et de la sous-région des grands lacs africains, Solange restait confiante, engagée et soucieuse d’apporter sa pierre réparatrice comme journaliste. "Faisons ce que nous avons à faire pour épargner les générations futures à vivre ce que nous déplorons aujourd’hui" nous disait-elle. Elle ne ratait jamais l’occasion de faire un plaidoyer en faveur de l’amélioration de la situation sociopolitique de la République démocratique du Congo et de la région lorsque les circonstances le lui permettaient bien.

Haïr le mensonge dans un monde où beaucoup pensent qu’il faut mentir pour survivre; dire la vérité là où beaucoup pensent que dire la vérité en face c’est manquer du respect et d’amour à son interlocuteur et c’est signer sa mort surtout s’il s’agit d’une autorité politique et administrative en face; Solange en était capable et parfois je lui disais de ne pas faire le journaliste partout et dans tout; mais non, c’était comme ça, elle devait dire les choses telles qu’elles sont pour le bien du changement … Les politiciens aimaient dire d’elle qu’elle n’avait pas sa langue en poche et son stylo en pause… Autant mieux ne pas la rencontrer et éviter ses caricatures déshonorantes. Il faut dire qu’ici, les autorités politiques se perçoivent et veulent qu’elles soient perçues comme presque des « intouchables » dont on ne peut s’aventurer de ternir l’image par des caricatures dans des journaux. Il fallait bien oser…

Adieu Solange Lusiku, mon amie, ma complice et compagne de lutte… Nous continuerons la partie du combat qui nous restait encore à faire ensemble. RIP.