mardi 28 avril 2026

Les expulsés des USA accueillis en RD Congo… Jusqu’où va le deal entre Donald Trump et Felix Tshisekedi ?

C’est désormais officiel, les rejetés des USA pour des raisons dont personne ne peut douter, seront simplement accueillis et installés en République démocratique du Congo. Kinshasa l’a fait savoir sans détour dans un communiqué du gouvernement signé le 5 avril 2026. « Le Gouvernement de la République démocratique du Congo informe l’opinion de la mise en œuvre, à partir de ce mois d’avril 2026, d’un dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers relevant des mécanismes migratoires des Etats-Unis d’Amérique dans le cadre de modalités définies conjointement… »

Cette action suscite beaucoup d’interrogations tant sur sa représentation symbolique, sa dimension juridique que sur ses conséquences sociopolitiques sur le Congo aujourd’hui et demain.

L’externalisation de la gestion des migrations et du traitement des demandes d'asile implique que des états confient à des pays tiers le traitement des demandes d'asile ou la détention des demandeurs. Sauf qu’ici il ne s’agit pas de demandeurs d’asile volontaires mais de personnes expulsées sur un territoire. Cette pratique est souvent mise en œuvre par des états du Nord vers des pays dont le bilan en matière de droits humains est jugé médiocre. Bien que certains états, comme le Royaume-Uni, aient tenté de justifier la délocalisation de demandeurs d'asile vers des pays comme le Rwanda, ces initiatives ont souvent rencontré des obstacles juridiques, notamment de la part de la Cour européenne des droits de l'homme.

Les critiques soulignent que cette pratique risque de vider de leur substance les obligations des états en vertu du droit international des réfugiés, notamment le principe de non-refoulement et le droit à une procédure d'asile juste et efficace.

Le 4 décembre 2025 à Washington, un accord visant à renforcer la coopération militaire, le renseignement et la formation des FARDC, notamment dans le cadre de la sécurisation des ressources minérales (autrement dit sécurité contre minerais) a été signé entre le gouvernement congolais et l’administration Trump. Ce dernier venait en plus d’un énième accord de paix qualifié d’historique, précédemment signé entre le Rwanda et la RD Congo le 27 juin 2025, sous la supervision paternaliste des USA. Ces deux accords ont fait le buzz et ont suscité des espoirs jusque-là incertains chez les congolais, surtout ceux qui sont sous occupation rwandaise à travers les terroristes de l’AFC/M23. 

Autant ces accords ont suscité de l’espoir, autant ils ont créé un mythe autour d’eux car en réalité leur contenu est resté pendant un temps une chasse gardée de leurs signataires. D’ailleurs un débat houleux entre la CENCO et le gouvernement congolais s’en est suivi autour d’une discrétion quasi mythique gardée par le gouvernement autour des termes de cet accord. La CENCO fustigeait le silence du régime alors que démocratiquement, il est astreint au devoir de redevabilité. Le deuxième point de débat, jamais conclu, portait sur la durée imprécise de cet accord et sur le contenu de ses annexes. Il y a lieu de s’interroger si cette question d’accueil des expulsés des USA fait partie du lot signé avec Washington ?

Un débat très populiste s’était donc engagé entre les défenseurs partisans du régime de Kinshasa et quelques critiques congolais sur le côté mystère de ces accords signés sans respect des exigences constitutionnelles en matière de traités et accords internationaux. Toute critique a été presque publiquement matée par l’arrogance des membres de l’UDPS qui, désormais ont pris l’habitude de réduire et de lier toute contradiction politique à la complicité avec le Rwanda. Une imputation qui, généralement, a déjà coûté à certains la perte de l’emploi, les attaques physiques par les forces du progrès, une milice du parti au pouvoir, ou la prison à d’autres. Désormais toute critique contre l’action du chef de l’état conduit ipso facto à un règlement de compte politique de ses partisans.

L’article 214 de la Constitution de la RD Congo stipule que les traités de paix, les traités de commerce, les traités et accords relatifs aux organisations internationales et au règlement des conflits internationaux, ceux qui engagent les finances publiques, ceux qui modifient les dispositions législatives, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes, ceux qui comportent échange et adjonction de territoire ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi. Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans l’accord du peuple congolais consulté par voie de référendum.

Avec l’arrivée de ces expulsés, l’accord USA-RD Congo (minerais contre sécurité) semble avoir une étendue plus large mais qui cache au Congo un problème à long terme. Il va au-delà de l’extraction de minerais à l’accueil des expulsés aux USA. Ironiquement on dirait que les USA viendront chercher les minerais rares en RD Congo et en retour celle-ci ira chercher aux USA un autre type de minerai, cette fois humain, les expulsés des USA. 

C’est ce que retiennent les congolais qui ont vu, à la place des investisseurs voire de la paix et de la sécurité à l’Est, atterrir à Kinshasa le premier lot d’expulsés des USA, majoritairement d’origine latino-américaine, ce vendredi 17 avril 2026, soit douze jours après l’annonce du gouvernement congolais. Des sources divergentes parlent tantôt de quarante personnes, RFI parle d’une quinzaine dont huit femmes et sept hommes arrivés à bord de l’avion de la compagnie Omni Air International, du groupe américain ATSG spécialisé dans le transport aérien et la location d’avions. Kinshasa devrait recevoir au moins cent expulsés par mois, confirment d’autres sources.

Il est important d’ouvrir une petite parenthèse sur cette agence d’aviation américaine. Omni Air International ne vend pas de billets au grand public. Parmi ses activités principales figure le transport militaire qui est une de ses missions majeures. Elle transporte des troupes, du personnel militaire et parfois du matériel entre les USA, l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie. ATSG travaille donc avec le Département américain de la Défense. 

La grande question est, comment le gouvernement congolais contrôle-t-il l’identité et la nature de ces expulsés ? Y a-t-il un partage d’informations vérifiées et vérifiables à partir des Etats-Unis ou compte-t-il simplement sur la bonne foi de son partenaire américain ? Le peuple congolais n’a-t-il pas de mot à dire quant à une telle démarche ? 

Une pilule amère dont ils tentent de minimiser l’ampleur !

La différence entre un politicien et un homme d’Etat est que le premier pense à lui-même avec un regard fixé sur le court terme, le maintien du pouvoir pendant que le second pense aux générations futures en incarnant l'intérêt général au-delà des clivages partisans et en regardant vers le long terme, parfois sur plusieurs générations. Un homme d’Etat est capable de prendre des décisions impopulaires dans le présent si elles assurent la stabilité ou la grandeur de la nation dans le futur. C’est dans cette différence qu’il faut situer cette action d’expulsés des USA sur le sol congolais. 

Accueillir ces gens, quel que soit le bénéfice financier que cela génère présentement, présage en perspective un sérieux problème imposé aux congolais mais dont les effets retours pèseront tôt ou tard sur la postérité. On le sait et on le voit venir avec toute la virulence imaginable mais l’on tente de s’en faire un cœur net. Depuis trente ans de guerre, les congolais toutes générations confondues payent impuissamment par leur sang, les erreurs de l’importation et de l’implantation par les colonisateurs d’une main d’œuvre rwandaise ainsi que la question de réfugiés rwandais de 1959 et burundais de 1972 par le HCR. Ce sont ces gens qui, depuis 1996, ont pris les armes contre leur pays d’accueil violant, tuant indéfiniment sans remord les congolais pour soi-disant réclamer la nationalité collective et quand bien même on la leur a donnée, ils n’ont pas arrêté de massacrer pour des nouvelles revendications des portions de terre afin d’en faire leur propre pays. Cela ne suffit-il pas pour tirer des leçons ? 

Dans le contexte socio sécuritaire, et quoi qu’on dise, la RD Congo vient véritablement de se tirer une balle dans le pied. Les générations à venir n’auront qu’à subir les conséquences et maudire ceux qui auront pris cette décision.

La République démocratique du Congo est confrontée à une crise humanitaire majeure, avec des millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et un nombre important de ses citoyens ayant trouvé refuge à l'étranger qu’elle ne sait pas gérer encore. En avril 2025, le pays comptait environ 6,82 millions de personnes déplacées internes (PDI), un chiffre qui a fluctué au cours des dernières années, atteignant un record de près de 7 millions en octobre 2023. Parallèlement, plus d'un million de Congolais sont réfugiés à travers le monde. Quelles sont les priorités du gouvernement en la matière ? Il faut y ajouter l’épineuse question hyper politisée des « réfugiés » dans la sous-région des grands lacs africains. Entre la RD Congo et le Rwanda, c’est une véritable bataille de chiffre et un cheval de Troie par ailleurs. Du côté rwandais, le nombre de ces réfugiés congolais est très flottant et change de manière spectaculaire d’année en année. Du côté congolais le doute persiste sur l’identité et la nationalité réelles de ces réfugiés ainsi que sur leur nombre qui varie à chaque négociation entre le Rwanda et le Congo.

Certes, selon les lois et des accords spécifiques, la République Démocratique du Congo peut accueillir des personnes expulsées d'autres pays, y compris potentiellement des réfugiés. Elle est dotée d'une législation sur l'asile et le statut de réfugié, notamment la Loi n° 41-2021 du 29 septembre 2021, qui reconnaît le droit de l'État congolais d'accorder protection et asile à toute personne étrangère se trouvant sur son territoire. Cela suffirait-il pour calmer la peur des congolais sur cette question ?

Les députés nationaux devraient avec diligence analyser cette question et interpeller sans complaisance le gouvernement afin d’éviter la légèreté et d’engluer le pays dans des situations qui pourraient tôt ou tard mettre fin à sa souveraineté et à son unité. Sinon à la limite, rassurer le peuple d’une prise en charge sérieuse et d’une gestion républicaine de cette question d’expulsés.

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