lundi 13 juillet 2026

Entre le mensonge diplomatique et le mépris des armes à l’Est du Congo

27 juin 2025 - 27 juin 2026 : une année vide de l’Accord de Washington !

L’accord de paix signé à Washington entre le Rwanda et la RD Congo sous l’égide des USA, a totalisé un an d’existence le 27 juin 2026. Les promesses portées et les espoirs engrangés se sont estompés silencieusement et progressivement. Les discours et les attitudes ont changé de caractère, passant de l’arrogance de faiseur de paix et à la modération de quelqu’un en train d’échouer et tient d’un coup, un langage tempéré et assoupli. La situation sur terrain depuis un an est allée de mal en pis, des affrontements ici et là. La population en otage continue de payer le lourd tribut, sa souffrance s’accroit indiciblement. La domination et le pillage du Kivu se consolident au travers l’AFC/M23 qui installe durablement une administration parallèle dans les zones occupées, etc. Tout le monde déchante dans son coin.

A bon menteur qui vient de loin, dit-on!


Pourquoi devrait-on croire à cet accord alors que des dizaines d’autres auparavant, plus intéressants d’ailleurs que celui-là, avaient tous échoué à imposer la paix?

"We cannot solve our problems with the same thinking we used when we create them" disait Albert Einstein. On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a engendré. L’idée centrale d’Einstein est que la résolution d’un problème exige un changement de perspective, de méthode ou de cadre de réflexion, plutôt que de continuer à raisonner de la même manière que lorsqu’on a créé le problème: piller les minerais congolais.

On peut en déduire qu’on ne peut pas demander à ceux qui ont créé un problème de le résoudre. La sagesse de Bashi au Sud-Kivu dit que vous ne pouvez pas demander à celui qui nourrit l’ambition de vous ravir votre champ de vous en montrer la délimitation. C’est même insensé. Demander aux américains qui ont besoin des minerais que le Rwanda pille dans le sous-sol congolais jusqu’à l’armer de devenir celui qui impose la paix est irréaliste.

La paix sur papier n’est jamais garantie aux victimes ni une inversion de la situation sur le terrain. Depuis 1996, quand le Rwanda et l’Ouganda, à travers l’AFDL, commencent la guerre dite de "libération" jusqu’aujourd’hui en 2026, plusieurs accords dits "de paix" ont été signés mais hélas, aucune paix n’est jamais venue. Ils n’ont été que des mécanismes subtils, relativement momentanés, de suspension de la guerre ou de diminution de son intensité.

Depuis la signature de l’accord de Washington, le 27 juin 2025, plusieurs débats contradictoires ont occupé les espaces publics entre les pessimistes, qui étaient nombreux, et les optimistes illusionnistes qui juraient sur le parrainage des USA comme une garantie sûre de réussite de cet accord que les autres n’avaient jamais eue. Pourtant les USA sont restés fidèles à eux-mêmes, jouer en bon joker au pompier pyromane. Les Américains ne voient le monde qu’à travers le prisme de leurs intérêts économiques et se soucient peu du reste. A leurs yeux, l’économie est la mesure de toute chose, le reste n’est que décor. Il fallait le comprendre avant.

Un an après, Washington n’aura été qu’une illusion éphémère vendue aux congolais: la réalité des fronts à l’Est a rattrapé les illusions nourries. Après Washington égal avant Washington. Eh oui ! Les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient.

Depuis la prise de la ville de Bunagana le 13 juin 2022, l’occupation rwandaise a totalisé quatre ans le 13 juin 2026. Le gouvernement de Kinshasa s’enfonce dans son populisme sans jamais, de manière permanente et définitive, reprendre aucune localité occupée par l’AFC/M23 ni par les armes ni par sa diplomatie dite agissante. Pendant ce temps, la population continue à croquer le noir et à être tuée sans défense. Les militaires FARDC se font tuer, les richesses sont démesurément pillées, l’instabilité politique et sécuritaire s’installe cruellement et davantage dans tout le pays. Visiblement le schéma de la balkanisation se trace par des signes qui ne trompent pas. La population est désemparée. L’étau se resserre chaque jour sur les provinces du Sud et du Nord-Kivu abandonnées à elles-mêmes malgré leur forte résistance et résilience de depuis trente ans déjà.

Le mensonge à Washington et de Washington !


Mentez, mentez, il en restera quelque chose. Ils ont promis le retour définitif de la paix mais à ce jour, rien de concret. Toutes les promesses de paix et les discours de circonstance y relatifs n’ont été que des véritables canulars.
Par contre, l’intérêt américain, lui, semble se mettre bien en place et se matérialiser aussi bien du côté du Rwanda l’agresseur, que du côté de la RD Congo, l’agressé. Plusieurs entreprises américaines pour l’exploitation minières seraient déjà en RD Congo.

Si le Rwanda et l’Ouganda sont des commissionnaires de l’impérialisme occidental, les bénéficiaires finaux des minerais pillés à l’Est de la RD Congo sont nombreux mais Washington, dans cet accord du 27 juin 2025, n’a défendu d’abord que son intérêt sachant que le Rwanda est son partenaire privilégié dans la région de grands lacs africains. Les USA ont une remarquable constance: leurs intérêts d’abord, leurs intérêts ensuite, leurs intérêts toujours. Cet accord préparait donc le terrain pour celui qui suivait, entre les Etats-Unis d’Amérique et la République démocratique du Congo sur l’exploitation des minerais critiques contre la sécurité.

Benjamin Franklin disait : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre, et finit par perdre les deux". Autrement dit, ceux qui abandonneraient une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. C’est ce que l’accord de Washington implique pour les Congolais qui, visiblement, n’ont pas gagné la paix mais ont perdu leur souveraineté sur leurs richesses minières et sur leur dignité.

A Washington, les deux Etats avaient réaffirmé
- respecter la déclaration de principes signée par les parties le 25 avril 2025, fondée sur le respect mutuel de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale et du règlement pacifique des différends
- vouloir empêcher une reprise des hostilités qui pourrait nuire au processus de paix,
- promouvoir activement une paix durable, la stabilité et le développement économique intégré dans toute la région, et
- rétablir des relations bilatérales normales,
- promouvoir le plein respect des droits de la personne et du droit international humanitaire, etc.
Un mensonge diplomatique et méphistophélique.

Le mépris et la mauvaise foi des parties


Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit-on. En faisant une rétrospective sur les différents accords de paix précédemment signés depuis 1996 entre les deux protagonistes, le Rwanda et la RD Congo, sur ce que sont devenus les différents engagements solennels pris pour ramener la paix à l’Est du Congo, on peut se rendre compte du niveau de naïveté collective et justifier la réserve de certains analystes de ce conflit dans la région. En réalité ces accords ne sont pas signés pour arrêter la guerre et ramener la paix mais suspendre momentanément les hostilités et reprendre le cycle de la violence au moment venu.

Sans peur d’être contredit, ces accords n’ont pas été véritablement des « gentleman’s agreement » dans le sens où, diplomatiquement, ces deux pays n’ont appliqué ni respecté leurs engagements, ils ont manqué d’être des gentlemen. L’armée rwandaise attaque toujours la RD Congo. L’agression continue avec des motifs fallacieusement montés, la mauvaise foi est déclarée. Elle se manifeste aussi par le modus operandi du Rwanda résumé par sa stratégie « Talk and fight », dialoguer tout en se battant, distraire avec un faux dialogue de paix pendant que sur le terrain militaire la guerre et les attaques continuent.

Voici en quoi consiste le mensonge diplomatique de Washington le 27 juin 2025.
Les parties avaient signé de :

1°) Respecter l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo par le désengagement des forces et la levée des mesures défensives du Rwanda. A ce point, rien n’a été jusque-là.
La RD Congo est tombée dans le piège du Rwanda en acceptant de neutraliser les FDLR que le Rwanda aurait déjà neutralisé depuis trente ans qu’il mène la guerre sur le sol congolais. Aujourd’hui, il est difficile pour le Congo de désengager des forces qui n'existent pas telles qu’on les décrit, à part les Wazalendos. Face à sa propre naïveté et son incapacité à trouver les FDLR à neutraliser, pour sauver sa face, Kinshasa risque de sacrifier la résistance civile des patriotes wazalendos en la transformant en FDLR. De l’autre côté Kigali n’a, malgré la pression internationale, jamais voulu lever ses mesures défensives. C’est le jeu de toi d’abord et moi après… Chacun veut que ce soit l’autre qui commence à assumer ses engagements le premier. Depuis 30 ans, l’armée rwandaise est au Congo, elle a neutralisé à travers plusieurs opérations conjointes et non conjointes ces éventuels FDLR dans l’espace sous son contrôle. Tout le monde sait que ces FDLR ne sont qu’un prétexte politique, un cheval de Troie.
Pourtant le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe a récemment déclaré à France 24 que: "Le retrait des forces rwandaises est lié à la neutralisation des FDLR. Cette disposition est prévue dans le CONOPS, mais la partie congolaise n’a même pas commencé à l’appliquer". Kigali renvoie la responsabilité du blocage à Kinshasa, ce dernier fait de même.

2°) Régler pacifiquement les différends. Les parties ont convenu que les différends devraient être réglés par des processus établis par l’accord de Washington et d’autres accords pertinents, plutôt que par des hostilités. Depuis un an, d’existence dudit accord, plusieurs tentatives de médiation ont eu lieu mais n’ont accouché que d’une souris : Luanda, Nairobi, Togo, Doha/Qatar, Montreux/ Suisse, … Pendant ce temps, les armes ont continué à crépiter ici et là, sur plusieurs fronts au Nord et au Sud-Kivu, des villages ont été incendiés, plusieurs personnes tuées, des femmes violées, des déplacements massifs internes sans assistance aucune.

3°) Ils se sont engagés à s’abstenir de tout acte d’agression et à ne pas commettre, soutenir ou tolérer des incursions militaires ou d’autres actes, directs ou indirects, qui menacent la paix et la sécurité de l’autre partie ou qui portent atteinte à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de l’autre partie. Le Rwanda a pourtant multiplié, de manière répétitive et régulière, des actes d’agression depuis la signature de l’accord : à Uvira, à Minembwe, à Masisi, à Rutshuru, etc. Il faut rappeler que la RD Congo n’a jamais fait aucune incursion militaire sur le sol rwandais depuis trente ans tout comme ces FDLR présentés indéfiniment comme une menace sécuritaire. Personne n’a jamais entendu ni démontré qu’ils auraient déjà attaqué un coin du territoire rwandais. Plusieurs rapports d’experts internationaux ainsi que le ministère étranger rwandais ont affirmé qu’ils ne restaient que moins de sept cents hommes qui auraient perdu toute leur capacité de nuisance.
Cette interdiction allait jusqu’au soutien à des actes hostiles ou des groupes armés. Qu’ils ne devraient plus permettre aucune activité militaire ou autre activité hostile l’une contre l’autre sur ou à partir de leur territoire respectif, et ne fournissent aucun soutien à de telles activités à l’étranger. À cette fin, les parties s’étaient engagées à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que de telles activités soient initiées, planifiées, exécutées, commanditées ou financées à partir de leurs territoires respectifs et cela sans restriction géographique, quel que soit le lieu où se trouvent les forces armées impliquées. A ce jour rien n’a été fait de part et d’autre. Le Rwanda a continué à soutenir inlassablement l’AFC/M23 sur le plan logistique, militaire, stratégique, financier et humain. La RD Congo pour se défendre, a continué à soutenir les Wazalendos. Ces derniers n’ont jamais traversé aucune frontière pour attaquer le Rwanda.

4°) Protéger les civils et le personnel humanitaire. Dans cet accord, ils se sont assignés de faciliter la libre circulation des civils, y compris des humanitaires et de respecter le droit international humanitaire. Ce qui se vit dans les zones occupées par le Rwanda à travers l’AFC/M23 est loin d’être conforme à cet engagement pris à Washington. Les civils sont toujours tués, maltraités, déplacés de leur milieu de vie ; certains humanitaires ont fait l’objet d’otage, d’autres ont été tués dans des circonstances non élucidées. C’est le cas de Karine Buisset, agent de l’UNICEF, tuée tragiquement le 11 mars 2026 lors d’une frappe de drone qui avait touché sa maison en plein cœur de la ville Goma.

Somme toute, tous ceux qui travaillent pour le retour de la paix durable à l’Est de la RD Congo devraient tirer la leçon de tous les accords antérieurement signés dont les engagements sont restés lettre morte dans les différents tiroirs et changer de stratégie d’action. Sinon, le mensonge de Washington, le mensonge à Washington le 27 juin 2025 pour un soi-disant retour de la paix au Congo risque d’être une énième hypocrisie diplomatique coulée sous forme d’accord de paix. Les Congolais doivent se réveiller et prendre leur destin en main. Personne ne viendra résoudre une situation socio-sécuritaire qui arrange pourtant bien ses intérêts économiques, géostratégiques et géopolitiques. "Personne ne libère personne, personne ne se libère seul, les hommes se libèrent ensemble" disait le brésilien Paolo Freire et Frantz Fanon dans "Les damnés de la Terre". Il rappelait bien que la véritable liberté ne se donne pas, elle se prend : "Le peuple sait que sa libération doit être son œuvre propre."

mardi 28 avril 2026

Les expulsés des USA accueillis en RD Congo… Jusqu’où va le deal entre Donald Trump et Felix Tshisekedi ?

C’est désormais officiel, les rejetés des USA pour des raisons dont personne ne peut douter, seront simplement accueillis et installés en République démocratique du Congo. Kinshasa l’a fait savoir sans détour dans un communiqué du gouvernement signé le 5 avril 2026. « Le Gouvernement de la République démocratique du Congo informe l’opinion de la mise en œuvre, à partir de ce mois d’avril 2026, d’un dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers relevant des mécanismes migratoires des Etats-Unis d’Amérique dans le cadre de modalités définies conjointement… »

Cette action suscite beaucoup d’interrogations tant sur sa représentation symbolique, sa dimension juridique que sur ses conséquences sociopolitiques sur le Congo aujourd’hui et demain.

L’externalisation de la gestion des migrations et du traitement des demandes d'asile implique que des états confient à des pays tiers le traitement des demandes d'asile ou la détention des demandeurs. Sauf qu’ici il ne s’agit pas de demandeurs d’asile volontaires mais de personnes expulsées sur un territoire. Cette pratique est souvent mise en œuvre par des états du Nord vers des pays dont le bilan en matière de droits humains est jugé médiocre. Bien que certains états, comme le Royaume-Uni, aient tenté de justifier la délocalisation de demandeurs d'asile vers des pays comme le Rwanda, ces initiatives ont souvent rencontré des obstacles juridiques, notamment de la part de la Cour européenne des droits de l'homme.

Les critiques soulignent que cette pratique risque de vider de leur substance les obligations des états en vertu du droit international des réfugiés, notamment le principe de non-refoulement et le droit à une procédure d'asile juste et efficace.

Le 4 décembre 2025 à Washington, un accord visant à renforcer la coopération militaire, le renseignement et la formation des FARDC, notamment dans le cadre de la sécurisation des ressources minérales (autrement dit sécurité contre minerais) a été signé entre le gouvernement congolais et l’administration Trump. Ce dernier venait en plus d’un énième accord de paix qualifié d’historique, précédemment signé entre le Rwanda et la RD Congo le 27 juin 2025, sous la supervision paternaliste des USA. Ces deux accords ont fait le buzz et ont suscité des espoirs jusque-là incertains chez les congolais, surtout ceux qui sont sous occupation rwandaise à travers les terroristes de l’AFC/M23. 

Autant ces accords ont suscité de l’espoir, autant ils ont créé un mythe autour d’eux car en réalité leur contenu est resté pendant un temps une chasse gardée de leurs signataires. D’ailleurs un débat houleux entre la CENCO et le gouvernement congolais s’en est suivi autour d’une discrétion quasi mythique gardée par le gouvernement autour des termes de cet accord. La CENCO fustigeait le silence du régime alors que démocratiquement, il est astreint au devoir de redevabilité. Le deuxième point de débat, jamais conclu, portait sur la durée imprécise de cet accord et sur le contenu de ses annexes. Il y a lieu de s’interroger si cette question d’accueil des expulsés des USA fait partie du lot signé avec Washington ?

Un débat très populiste s’était donc engagé entre les défenseurs partisans du régime de Kinshasa et quelques critiques congolais sur le côté mystère de ces accords signés sans respect des exigences constitutionnelles en matière de traités et accords internationaux. Toute critique a été presque publiquement matée par l’arrogance des membres de l’UDPS qui, désormais ont pris l’habitude de réduire et de lier toute contradiction politique à la complicité avec le Rwanda. Une imputation qui, généralement, a déjà coûté à certains la perte de l’emploi, les attaques physiques par les forces du progrès, une milice du parti au pouvoir, ou la prison à d’autres. Désormais toute critique contre l’action du chef de l’état conduit ipso facto à un règlement de compte politique de ses partisans.

L’article 214 de la Constitution de la RD Congo stipule que les traités de paix, les traités de commerce, les traités et accords relatifs aux organisations internationales et au règlement des conflits internationaux, ceux qui engagent les finances publiques, ceux qui modifient les dispositions législatives, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes, ceux qui comportent échange et adjonction de territoire ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi. Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans l’accord du peuple congolais consulté par voie de référendum.

Avec l’arrivée de ces expulsés, l’accord USA-RD Congo (minerais contre sécurité) semble avoir une étendue plus large mais qui cache au Congo un problème à long terme. Il va au-delà de l’extraction de minerais à l’accueil des expulsés aux USA. Ironiquement on dirait que les USA viendront chercher les minerais rares en RD Congo et en retour celle-ci ira chercher aux USA un autre type de minerai, cette fois humain, les expulsés des USA. 

C’est ce que retiennent les congolais qui ont vu, à la place des investisseurs voire de la paix et de la sécurité à l’Est, atterrir à Kinshasa le premier lot d’expulsés des USA, majoritairement d’origine latino-américaine, ce vendredi 17 avril 2026, soit douze jours après l’annonce du gouvernement congolais. Des sources divergentes parlent tantôt de quarante personnes, RFI parle d’une quinzaine dont huit femmes et sept hommes arrivés à bord de l’avion de la compagnie Omni Air International, du groupe américain ATSG spécialisé dans le transport aérien et la location d’avions. Kinshasa devrait recevoir au moins cent expulsés par mois, confirment d’autres sources.

Il est important d’ouvrir une petite parenthèse sur cette agence d’aviation américaine. Omni Air International ne vend pas de billets au grand public. Parmi ses activités principales figure le transport militaire qui est une de ses missions majeures. Elle transporte des troupes, du personnel militaire et parfois du matériel entre les USA, l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie. ATSG travaille donc avec le Département américain de la Défense. 

La grande question est, comment le gouvernement congolais contrôle-t-il l’identité et la nature de ces expulsés ? Y a-t-il un partage d’informations vérifiées et vérifiables à partir des Etats-Unis ou compte-t-il simplement sur la bonne foi de son partenaire américain ? Le peuple congolais n’a-t-il pas de mot à dire quant à une telle démarche ? 

Une pilule amère dont ils tentent de minimiser l’ampleur !

La différence entre un politicien et un homme d’Etat est que le premier pense à lui-même avec un regard fixé sur le court terme, le maintien du pouvoir pendant que le second pense aux générations futures en incarnant l'intérêt général au-delà des clivages partisans et en regardant vers le long terme, parfois sur plusieurs générations. Un homme d’Etat est capable de prendre des décisions impopulaires dans le présent si elles assurent la stabilité ou la grandeur de la nation dans le futur. C’est dans cette différence qu’il faut situer cette action d’expulsés des USA sur le sol congolais. 

Accueillir ces gens, quel que soit le bénéfice financier que cela génère présentement, présage en perspective un sérieux problème imposé aux congolais mais dont les effets retours pèseront tôt ou tard sur la postérité. On le sait et on le voit venir avec toute la virulence imaginable mais l’on tente de s’en faire un cœur net. Depuis trente ans de guerre, les congolais toutes générations confondues payent impuissamment par leur sang, les erreurs de l’importation et de l’implantation par les colonisateurs d’une main d’œuvre rwandaise ainsi que la question de réfugiés rwandais de 1959 et burundais de 1972 par le HCR. Ce sont ces gens qui, depuis 1996, ont pris les armes contre leur pays d’accueil violant, tuant indéfiniment sans remord les congolais pour soi-disant réclamer la nationalité collective et quand bien même on la leur a donnée, ils n’ont pas arrêté de massacrer pour des nouvelles revendications des portions de terre afin d’en faire leur propre pays. Cela ne suffit-il pas pour tirer des leçons ? 

Dans le contexte socio sécuritaire, et quoi qu’on dise, la RD Congo vient véritablement de se tirer une balle dans le pied. Les générations à venir n’auront qu’à subir les conséquences et maudire ceux qui auront pris cette décision.

La République démocratique du Congo est confrontée à une crise humanitaire majeure, avec des millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et un nombre important de ses citoyens ayant trouvé refuge à l'étranger qu’elle ne sait pas gérer encore. En avril 2025, le pays comptait environ 6,82 millions de personnes déplacées internes (PDI), un chiffre qui a fluctué au cours des dernières années, atteignant un record de près de 7 millions en octobre 2023. Parallèlement, plus d'un million de Congolais sont réfugiés à travers le monde. Quelles sont les priorités du gouvernement en la matière ? Il faut y ajouter l’épineuse question hyper politisée des « réfugiés » dans la sous-région des grands lacs africains. Entre la RD Congo et le Rwanda, c’est une véritable bataille de chiffre et un cheval de Troie par ailleurs. Du côté rwandais, le nombre de ces réfugiés congolais est très flottant et change de manière spectaculaire d’année en année. Du côté congolais le doute persiste sur l’identité et la nationalité réelles de ces réfugiés ainsi que sur leur nombre qui varie à chaque négociation entre le Rwanda et le Congo.

Certes, selon les lois et des accords spécifiques, la République Démocratique du Congo peut accueillir des personnes expulsées d'autres pays, y compris potentiellement des réfugiés. Elle est dotée d'une législation sur l'asile et le statut de réfugié, notamment la Loi n° 41-2021 du 29 septembre 2021, qui reconnaît le droit de l'État congolais d'accorder protection et asile à toute personne étrangère se trouvant sur son territoire. Cela suffirait-il pour calmer la peur des congolais sur cette question ?

Les députés nationaux devraient avec diligence analyser cette question et interpeller sans complaisance le gouvernement afin d’éviter la légèreté et d’engluer le pays dans des situations qui pourraient tôt ou tard mettre fin à sa souveraineté et à son unité. Sinon à la limite, rassurer le peuple d’une prise en charge sérieuse et d’une gestion républicaine de cette question d’expulsés.