lundi 13 juillet 2026

Entre le mensonge diplomatique et le mépris des armes à l’Est du Congo

27 juin 2025 - 27 juin 2026 : une année vide de l’Accord de Washington !

L’accord de paix signé à Washington entre le Rwanda et la RD Congo sous l’égide des USA, a totalisé un an d’existence le 27 juin 2026. Les promesses portées et les espoirs engrangés se sont estompés silencieusement et progressivement. Les discours et les attitudes ont changé de caractère, passant de l’arrogance de faiseur de paix et à la modération de quelqu’un en train d’échouer et tient d’un coup, un langage tempéré et assoupli. La situation sur terrain depuis un an est allée de mal en pis, des affrontements ici et là. La population en otage continue de payer le lourd tribut, sa souffrance s’accroit indiciblement. La domination et le pillage du Kivu se consolident au travers l’AFC/M23 qui installe durablement une administration parallèle dans les zones occupées, etc. Tout le monde déchante dans son coin.

A bon menteur qui vient de loin, dit-on!


Pourquoi devrait-on croire à cet accord alors que des dizaines d’autres auparavant, plus intéressants d’ailleurs que celui-là, avaient tous échoué à imposer la paix?

"We cannot solve our problems with the same thinking we used when we create them" disait Albert Einstein. On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a engendré. L’idée centrale d’Einstein est que la résolution d’un problème exige un changement de perspective, de méthode ou de cadre de réflexion, plutôt que de continuer à raisonner de la même manière que lorsqu’on a créé le problème: piller les minerais congolais.

On peut en déduire qu’on ne peut pas demander à ceux qui ont créé un problème de le résoudre. La sagesse de Bashi au Sud-Kivu dit que vous ne pouvez pas demander à celui qui nourrit l’ambition de vous ravir votre champ de vous en montrer la délimitation. C’est même insensé. Demander aux américains qui ont besoin des minerais que le Rwanda pille dans le sous-sol congolais jusqu’à l’armer de devenir celui qui impose la paix est irréaliste.

La paix sur papier n’est jamais garantie aux victimes ni une inversion de la situation sur le terrain. Depuis 1996, quand le Rwanda et l’Ouganda, à travers l’AFDL, commencent la guerre dite de "libération" jusqu’aujourd’hui en 2026, plusieurs accords dits "de paix" ont été signés mais hélas, aucune paix n’est jamais venue. Ils n’ont été que des mécanismes subtils, relativement momentanés, de suspension de la guerre ou de diminution de son intensité.

Depuis la signature de l’accord de Washington, le 27 juin 2025, plusieurs débats contradictoires ont occupé les espaces publics entre les pessimistes, qui étaient nombreux, et les optimistes illusionnistes qui juraient sur le parrainage des USA comme une garantie sûre de réussite de cet accord que les autres n’avaient jamais eue. Pourtant les USA sont restés fidèles à eux-mêmes, jouer en bon joker au pompier pyromane. Les Américains ne voient le monde qu’à travers le prisme de leurs intérêts économiques et se soucient peu du reste. A leurs yeux, l’économie est la mesure de toute chose, le reste n’est que décor. Il fallait le comprendre avant.

Un an après, Washington n’aura été qu’une illusion éphémère vendue aux congolais: la réalité des fronts à l’Est a rattrapé les illusions nourries. Après Washington égal avant Washington. Eh oui ! Les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient.

Depuis la prise de la ville de Bunagana le 13 juin 2022, l’occupation rwandaise a totalisé quatre ans le 13 juin 2026. Le gouvernement de Kinshasa s’enfonce dans son populisme sans jamais, de manière permanente et définitive, reprendre aucune localité occupée par l’AFC/M23 ni par les armes ni par sa diplomatie dite agissante. Pendant ce temps, la population continue à croquer le noir et à être tuée sans défense. Les militaires FARDC se font tuer, les richesses sont démesurément pillées, l’instabilité politique et sécuritaire s’installe cruellement et davantage dans tout le pays. Visiblement le schéma de la balkanisation se trace par des signes qui ne trompent pas. La population est désemparée. L’étau se resserre chaque jour sur les provinces du Sud et du Nord-Kivu abandonnées à elles-mêmes malgré leur forte résistance et résilience de depuis trente ans déjà.

Le mensonge à Washington et de Washington !


Mentez, mentez, il en restera quelque chose. Ils ont promis le retour définitif de la paix mais à ce jour, rien de concret. Toutes les promesses de paix et les discours de circonstance y relatifs n’ont été que des véritables canulars.
Par contre, l’intérêt américain, lui, semble se mettre bien en place et se matérialiser aussi bien du côté du Rwanda l’agresseur, que du côté de la RD Congo, l’agressé. Plusieurs entreprises américaines pour l’exploitation minières seraient déjà en RD Congo.

Si le Rwanda et l’Ouganda sont des commissionnaires de l’impérialisme occidental, les bénéficiaires finaux des minerais pillés à l’Est de la RD Congo sont nombreux mais Washington, dans cet accord du 27 juin 2025, n’a défendu d’abord que son intérêt sachant que le Rwanda est son partenaire privilégié dans la région de grands lacs africains. Les USA ont une remarquable constance: leurs intérêts d’abord, leurs intérêts ensuite, leurs intérêts toujours. Cet accord préparait donc le terrain pour celui qui suivait, entre les Etats-Unis d’Amérique et la République démocratique du Congo sur l’exploitation des minerais critiques contre la sécurité.

Benjamin Franklin disait : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre, et finit par perdre les deux". Autrement dit, ceux qui abandonneraient une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. C’est ce que l’accord de Washington implique pour les Congolais qui, visiblement, n’ont pas gagné la paix mais ont perdu leur souveraineté sur leurs richesses minières et sur leur dignité.

A Washington, les deux Etats avaient réaffirmé
- respecter la déclaration de principes signée par les parties le 25 avril 2025, fondée sur le respect mutuel de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale et du règlement pacifique des différends
- vouloir empêcher une reprise des hostilités qui pourrait nuire au processus de paix,
- promouvoir activement une paix durable, la stabilité et le développement économique intégré dans toute la région, et
- rétablir des relations bilatérales normales,
- promouvoir le plein respect des droits de la personne et du droit international humanitaire, etc.
Un mensonge diplomatique et méphistophélique.

Le mépris et la mauvaise foi des parties


Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit-on. En faisant une rétrospective sur les différents accords de paix précédemment signés depuis 1996 entre les deux protagonistes, le Rwanda et la RD Congo, sur ce que sont devenus les différents engagements solennels pris pour ramener la paix à l’Est du Congo, on peut se rendre compte du niveau de naïveté collective et justifier la réserve de certains analystes de ce conflit dans la région. En réalité ces accords ne sont pas signés pour arrêter la guerre et ramener la paix mais suspendre momentanément les hostilités et reprendre le cycle de la violence au moment venu.

Sans peur d’être contredit, ces accords n’ont pas été véritablement des « gentleman’s agreement » dans le sens où, diplomatiquement, ces deux pays n’ont appliqué ni respecté leurs engagements, ils ont manqué d’être des gentlemen. L’armée rwandaise attaque toujours la RD Congo. L’agression continue avec des motifs fallacieusement montés, la mauvaise foi est déclarée. Elle se manifeste aussi par le modus operandi du Rwanda résumé par sa stratégie « Talk and fight », dialoguer tout en se battant, distraire avec un faux dialogue de paix pendant que sur le terrain militaire la guerre et les attaques continuent.

Voici en quoi consiste le mensonge diplomatique de Washington le 27 juin 2025.
Les parties avaient signé de :

1°) Respecter l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo par le désengagement des forces et la levée des mesures défensives du Rwanda. A ce point, rien n’a été jusque-là.
La RD Congo est tombée dans le piège du Rwanda en acceptant de neutraliser les FDLR que le Rwanda aurait déjà neutralisé depuis trente ans qu’il mène la guerre sur le sol congolais. Aujourd’hui, il est difficile pour le Congo de désengager des forces qui n'existent pas telles qu’on les décrit, à part les Wazalendos. Face à sa propre naïveté et son incapacité à trouver les FDLR à neutraliser, pour sauver sa face, Kinshasa risque de sacrifier la résistance civile des patriotes wazalendos en la transformant en FDLR. De l’autre côté Kigali n’a, malgré la pression internationale, jamais voulu lever ses mesures défensives. C’est le jeu de toi d’abord et moi après… Chacun veut que ce soit l’autre qui commence à assumer ses engagements le premier. Depuis 30 ans, l’armée rwandaise est au Congo, elle a neutralisé à travers plusieurs opérations conjointes et non conjointes ces éventuels FDLR dans l’espace sous son contrôle. Tout le monde sait que ces FDLR ne sont qu’un prétexte politique, un cheval de Troie.
Pourtant le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe a récemment déclaré à France 24 que: "Le retrait des forces rwandaises est lié à la neutralisation des FDLR. Cette disposition est prévue dans le CONOPS, mais la partie congolaise n’a même pas commencé à l’appliquer". Kigali renvoie la responsabilité du blocage à Kinshasa, ce dernier fait de même.

2°) Régler pacifiquement les différends. Les parties ont convenu que les différends devraient être réglés par des processus établis par l’accord de Washington et d’autres accords pertinents, plutôt que par des hostilités. Depuis un an, d’existence dudit accord, plusieurs tentatives de médiation ont eu lieu mais n’ont accouché que d’une souris : Luanda, Nairobi, Togo, Doha/Qatar, Montreux/ Suisse, … Pendant ce temps, les armes ont continué à crépiter ici et là, sur plusieurs fronts au Nord et au Sud-Kivu, des villages ont été incendiés, plusieurs personnes tuées, des femmes violées, des déplacements massifs internes sans assistance aucune.

3°) Ils se sont engagés à s’abstenir de tout acte d’agression et à ne pas commettre, soutenir ou tolérer des incursions militaires ou d’autres actes, directs ou indirects, qui menacent la paix et la sécurité de l’autre partie ou qui portent atteinte à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de l’autre partie. Le Rwanda a pourtant multiplié, de manière répétitive et régulière, des actes d’agression depuis la signature de l’accord : à Uvira, à Minembwe, à Masisi, à Rutshuru, etc. Il faut rappeler que la RD Congo n’a jamais fait aucune incursion militaire sur le sol rwandais depuis trente ans tout comme ces FDLR présentés indéfiniment comme une menace sécuritaire. Personne n’a jamais entendu ni démontré qu’ils auraient déjà attaqué un coin du territoire rwandais. Plusieurs rapports d’experts internationaux ainsi que le ministère étranger rwandais ont affirmé qu’ils ne restaient que moins de sept cents hommes qui auraient perdu toute leur capacité de nuisance.
Cette interdiction allait jusqu’au soutien à des actes hostiles ou des groupes armés. Qu’ils ne devraient plus permettre aucune activité militaire ou autre activité hostile l’une contre l’autre sur ou à partir de leur territoire respectif, et ne fournissent aucun soutien à de telles activités à l’étranger. À cette fin, les parties s’étaient engagées à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que de telles activités soient initiées, planifiées, exécutées, commanditées ou financées à partir de leurs territoires respectifs et cela sans restriction géographique, quel que soit le lieu où se trouvent les forces armées impliquées. A ce jour rien n’a été fait de part et d’autre. Le Rwanda a continué à soutenir inlassablement l’AFC/M23 sur le plan logistique, militaire, stratégique, financier et humain. La RD Congo pour se défendre, a continué à soutenir les Wazalendos. Ces derniers n’ont jamais traversé aucune frontière pour attaquer le Rwanda.

4°) Protéger les civils et le personnel humanitaire. Dans cet accord, ils se sont assignés de faciliter la libre circulation des civils, y compris des humanitaires et de respecter le droit international humanitaire. Ce qui se vit dans les zones occupées par le Rwanda à travers l’AFC/M23 est loin d’être conforme à cet engagement pris à Washington. Les civils sont toujours tués, maltraités, déplacés de leur milieu de vie ; certains humanitaires ont fait l’objet d’otage, d’autres ont été tués dans des circonstances non élucidées. C’est le cas de Karine Buisset, agent de l’UNICEF, tuée tragiquement le 11 mars 2026 lors d’une frappe de drone qui avait touché sa maison en plein cœur de la ville Goma.

Somme toute, tous ceux qui travaillent pour le retour de la paix durable à l’Est de la RD Congo devraient tirer la leçon de tous les accords antérieurement signés dont les engagements sont restés lettre morte dans les différents tiroirs et changer de stratégie d’action. Sinon, le mensonge de Washington, le mensonge à Washington le 27 juin 2025 pour un soi-disant retour de la paix au Congo risque d’être une énième hypocrisie diplomatique coulée sous forme d’accord de paix. Les Congolais doivent se réveiller et prendre leur destin en main. Personne ne viendra résoudre une situation socio-sécuritaire qui arrange pourtant bien ses intérêts économiques, géostratégiques et géopolitiques. "Personne ne libère personne, personne ne se libère seul, les hommes se libèrent ensemble" disait le brésilien Paolo Freire et Frantz Fanon dans "Les damnés de la Terre". Il rappelait bien que la véritable liberté ne se donne pas, elle se prend : "Le peuple sait que sa libération doit être son œuvre propre."

mardi 28 avril 2026

Les expulsés des USA accueillis en RD Congo… Jusqu’où va le deal entre Donald Trump et Felix Tshisekedi ?

C’est désormais officiel, les rejetés des USA pour des raisons dont personne ne peut douter, seront simplement accueillis et installés en République démocratique du Congo. Kinshasa l’a fait savoir sans détour dans un communiqué du gouvernement signé le 5 avril 2026. « Le Gouvernement de la République démocratique du Congo informe l’opinion de la mise en œuvre, à partir de ce mois d’avril 2026, d’un dispositif d’accueil temporaire de ressortissants de pays tiers relevant des mécanismes migratoires des Etats-Unis d’Amérique dans le cadre de modalités définies conjointement… »

Cette action suscite beaucoup d’interrogations tant sur sa représentation symbolique, sa dimension juridique que sur ses conséquences sociopolitiques sur le Congo aujourd’hui et demain.

L’externalisation de la gestion des migrations et du traitement des demandes d'asile implique que des états confient à des pays tiers le traitement des demandes d'asile ou la détention des demandeurs. Sauf qu’ici il ne s’agit pas de demandeurs d’asile volontaires mais de personnes expulsées sur un territoire. Cette pratique est souvent mise en œuvre par des états du Nord vers des pays dont le bilan en matière de droits humains est jugé médiocre. Bien que certains états, comme le Royaume-Uni, aient tenté de justifier la délocalisation de demandeurs d'asile vers des pays comme le Rwanda, ces initiatives ont souvent rencontré des obstacles juridiques, notamment de la part de la Cour européenne des droits de l'homme.

Les critiques soulignent que cette pratique risque de vider de leur substance les obligations des états en vertu du droit international des réfugiés, notamment le principe de non-refoulement et le droit à une procédure d'asile juste et efficace.

Le 4 décembre 2025 à Washington, un accord visant à renforcer la coopération militaire, le renseignement et la formation des FARDC, notamment dans le cadre de la sécurisation des ressources minérales (autrement dit sécurité contre minerais) a été signé entre le gouvernement congolais et l’administration Trump. Ce dernier venait en plus d’un énième accord de paix qualifié d’historique, précédemment signé entre le Rwanda et la RD Congo le 27 juin 2025, sous la supervision paternaliste des USA. Ces deux accords ont fait le buzz et ont suscité des espoirs jusque-là incertains chez les congolais, surtout ceux qui sont sous occupation rwandaise à travers les terroristes de l’AFC/M23. 

Autant ces accords ont suscité de l’espoir, autant ils ont créé un mythe autour d’eux car en réalité leur contenu est resté pendant un temps une chasse gardée de leurs signataires. D’ailleurs un débat houleux entre la CENCO et le gouvernement congolais s’en est suivi autour d’une discrétion quasi mythique gardée par le gouvernement autour des termes de cet accord. La CENCO fustigeait le silence du régime alors que démocratiquement, il est astreint au devoir de redevabilité. Le deuxième point de débat, jamais conclu, portait sur la durée imprécise de cet accord et sur le contenu de ses annexes. Il y a lieu de s’interroger si cette question d’accueil des expulsés des USA fait partie du lot signé avec Washington ?

Un débat très populiste s’était donc engagé entre les défenseurs partisans du régime de Kinshasa et quelques critiques congolais sur le côté mystère de ces accords signés sans respect des exigences constitutionnelles en matière de traités et accords internationaux. Toute critique a été presque publiquement matée par l’arrogance des membres de l’UDPS qui, désormais ont pris l’habitude de réduire et de lier toute contradiction politique à la complicité avec le Rwanda. Une imputation qui, généralement, a déjà coûté à certains la perte de l’emploi, les attaques physiques par les forces du progrès, une milice du parti au pouvoir, ou la prison à d’autres. Désormais toute critique contre l’action du chef de l’état conduit ipso facto à un règlement de compte politique de ses partisans.

L’article 214 de la Constitution de la RD Congo stipule que les traités de paix, les traités de commerce, les traités et accords relatifs aux organisations internationales et au règlement des conflits internationaux, ceux qui engagent les finances publiques, ceux qui modifient les dispositions législatives, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes, ceux qui comportent échange et adjonction de territoire ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi. Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans l’accord du peuple congolais consulté par voie de référendum.

Avec l’arrivée de ces expulsés, l’accord USA-RD Congo (minerais contre sécurité) semble avoir une étendue plus large mais qui cache au Congo un problème à long terme. Il va au-delà de l’extraction de minerais à l’accueil des expulsés aux USA. Ironiquement on dirait que les USA viendront chercher les minerais rares en RD Congo et en retour celle-ci ira chercher aux USA un autre type de minerai, cette fois humain, les expulsés des USA. 

C’est ce que retiennent les congolais qui ont vu, à la place des investisseurs voire de la paix et de la sécurité à l’Est, atterrir à Kinshasa le premier lot d’expulsés des USA, majoritairement d’origine latino-américaine, ce vendredi 17 avril 2026, soit douze jours après l’annonce du gouvernement congolais. Des sources divergentes parlent tantôt de quarante personnes, RFI parle d’une quinzaine dont huit femmes et sept hommes arrivés à bord de l’avion de la compagnie Omni Air International, du groupe américain ATSG spécialisé dans le transport aérien et la location d’avions. Kinshasa devrait recevoir au moins cent expulsés par mois, confirment d’autres sources.

Il est important d’ouvrir une petite parenthèse sur cette agence d’aviation américaine. Omni Air International ne vend pas de billets au grand public. Parmi ses activités principales figure le transport militaire qui est une de ses missions majeures. Elle transporte des troupes, du personnel militaire et parfois du matériel entre les USA, l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie. ATSG travaille donc avec le Département américain de la Défense. 

La grande question est, comment le gouvernement congolais contrôle-t-il l’identité et la nature de ces expulsés ? Y a-t-il un partage d’informations vérifiées et vérifiables à partir des Etats-Unis ou compte-t-il simplement sur la bonne foi de son partenaire américain ? Le peuple congolais n’a-t-il pas de mot à dire quant à une telle démarche ? 

Une pilule amère dont ils tentent de minimiser l’ampleur !

La différence entre un politicien et un homme d’Etat est que le premier pense à lui-même avec un regard fixé sur le court terme, le maintien du pouvoir pendant que le second pense aux générations futures en incarnant l'intérêt général au-delà des clivages partisans et en regardant vers le long terme, parfois sur plusieurs générations. Un homme d’Etat est capable de prendre des décisions impopulaires dans le présent si elles assurent la stabilité ou la grandeur de la nation dans le futur. C’est dans cette différence qu’il faut situer cette action d’expulsés des USA sur le sol congolais. 

Accueillir ces gens, quel que soit le bénéfice financier que cela génère présentement, présage en perspective un sérieux problème imposé aux congolais mais dont les effets retours pèseront tôt ou tard sur la postérité. On le sait et on le voit venir avec toute la virulence imaginable mais l’on tente de s’en faire un cœur net. Depuis trente ans de guerre, les congolais toutes générations confondues payent impuissamment par leur sang, les erreurs de l’importation et de l’implantation par les colonisateurs d’une main d’œuvre rwandaise ainsi que la question de réfugiés rwandais de 1959 et burundais de 1972 par le HCR. Ce sont ces gens qui, depuis 1996, ont pris les armes contre leur pays d’accueil violant, tuant indéfiniment sans remord les congolais pour soi-disant réclamer la nationalité collective et quand bien même on la leur a donnée, ils n’ont pas arrêté de massacrer pour des nouvelles revendications des portions de terre afin d’en faire leur propre pays. Cela ne suffit-il pas pour tirer des leçons ? 

Dans le contexte socio sécuritaire, et quoi qu’on dise, la RD Congo vient véritablement de se tirer une balle dans le pied. Les générations à venir n’auront qu’à subir les conséquences et maudire ceux qui auront pris cette décision.

La République démocratique du Congo est confrontée à une crise humanitaire majeure, avec des millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et un nombre important de ses citoyens ayant trouvé refuge à l'étranger qu’elle ne sait pas gérer encore. En avril 2025, le pays comptait environ 6,82 millions de personnes déplacées internes (PDI), un chiffre qui a fluctué au cours des dernières années, atteignant un record de près de 7 millions en octobre 2023. Parallèlement, plus d'un million de Congolais sont réfugiés à travers le monde. Quelles sont les priorités du gouvernement en la matière ? Il faut y ajouter l’épineuse question hyper politisée des « réfugiés » dans la sous-région des grands lacs africains. Entre la RD Congo et le Rwanda, c’est une véritable bataille de chiffre et un cheval de Troie par ailleurs. Du côté rwandais, le nombre de ces réfugiés congolais est très flottant et change de manière spectaculaire d’année en année. Du côté congolais le doute persiste sur l’identité et la nationalité réelles de ces réfugiés ainsi que sur leur nombre qui varie à chaque négociation entre le Rwanda et le Congo.

Certes, selon les lois et des accords spécifiques, la République Démocratique du Congo peut accueillir des personnes expulsées d'autres pays, y compris potentiellement des réfugiés. Elle est dotée d'une législation sur l'asile et le statut de réfugié, notamment la Loi n° 41-2021 du 29 septembre 2021, qui reconnaît le droit de l'État congolais d'accorder protection et asile à toute personne étrangère se trouvant sur son territoire. Cela suffirait-il pour calmer la peur des congolais sur cette question ?

Les députés nationaux devraient avec diligence analyser cette question et interpeller sans complaisance le gouvernement afin d’éviter la légèreté et d’engluer le pays dans des situations qui pourraient tôt ou tard mettre fin à sa souveraineté et à son unité. Sinon à la limite, rassurer le peuple d’une prise en charge sérieuse et d’une gestion républicaine de cette question d’expulsés.

vendredi 24 janvier 2025

La misère des Congolais dans l'économie chinoise

La Chine, est-ce vraiment un modèle de partenaire pour les pays du Sud ?  

« Les pays pauvres ne le sont pas par incapacité congénitale mais par suite de l’histoire qui a fait que certains pays ont dominé, exploité et pillé d’autres pour s’enrichir et c’est de la logique mathématique. Quand le riche exploite le pauvre, le riche devient de plus en plus riche et le pauvre de plus en plus pauvre… Ce sont les pauvres des pays riches qui enrichissent les riches des pays pauvres. » Mobutu, discours à l’ONU.

Après la douloureuse et inoubliable colonisation belge menée des mains de fer par le roi Léopold II, la Chine se constitue aujourd’hui en deuxième colonisateur-exploiteur et ce n’est pas si différent. Certes, les époques, les modalités voire les moyens peuvent se nuancer mais les objectifs restent les mêmes : piller le Congo et appauvrir, sans une larme de pitié, les pauvres peuples congolais trahis et vendus par leurs frères aux multinationales chinoises et occidentales.

L’économie chinoise peut-elle faire la fierté du monde autant que ses propagandistes la vantent ? A bon menteur qui vient de loin dit-on et à André Gide de répondre : « Mentez, mentez, il en restera quelque chose ! ». Aucun congolais consciencieux n’oserait dire oui à cette question qui parait comme une question à un champion.

Dans un monde multipolaire avec une course effrénée au leadership économique mondial, la Chine joue sur la psychologie des pays longtemps paupérisés, anéantis par les politiques paternalistes et cyniques de l’Occident, des pays soumis à un enfantillage dédaignant des maitres de la féodalité. Elle joue au messianisme en se faisant faussement passer pour un redresseur des torts économiques et de développement causé par l’Occident. Malheureusement c’est du pareil au même. Ils sont tous les mêmes et il faut être naïf pour croire le contraire! Ces nouveaux conquérants malveillants et malvenus ne sont en rien mieux que les Van Coq ou Vander quelque chose qui ont coupé les mains des congolais à cause et pour le caoutchouc rouge il y a de cela plus d’un siècle. Ils sont donc les mêmes, qu’on ne s’y trompe pas.

Certes, contrairement à l’Union européenne, la Grande-Bretagne et les USA, la Chine ne prend pas des armes et ne subtilise pas des groupes armés, genre M23 ou des pays commissionnaires tels que le Rwanda et l’Ouganda pour piller le sous-sol de leur voisin la RD Congo et laisser les congolais s’apitoyer sur leur misère. La Chine déferle ses citoyens chinois sur le territoire congolais très souvent dans une irrégularité administrative, dans un cafouillage inédit ou au mieux dans un sabotage de lois migratoires de la république.

La guerre des métaux rares, critiques et stratégiques entre les puissances du monde est une guerre qui fait mal aux Congolais. La RD Congo est victime des ressources multiples et au lieu d’être une opportunité de développement, elles sont devenues une source de malheur et de misère indescriptibles pour les Congolais. Plus le Congo est potentiellement riche, plus sa population est extrêmement pauvre et appauvrie. Le monde a certes besoin des minerais critiques et stratégiques pour le développement numérique, les technologies de pointe et de la communication (notamment pour les voitures électriques). Comme le dit si bien Guillaume Pitron dans son livre intitulé "La guerre des métaux rares": « L’exploitation de ces minerais rares est tout sauf propre. ». Faut-il vraiment tuer doucement ou violement, appauvrir, paupériser, chasser de leurs terres ancestrales sans aucune forme de procès des Congolais pour se servir en maitre de leurs minerais dont on a besoin pour ses avancées technologiques? A quoi servira toute cette course?

L’horreur et la diversion des chinois dans l’exploitation de ce métaux rares sur toute l’étendue de la RD Congo en général et au Sud-Kivu en particulier n’est pas un film de fiction mais une triste réalité. Ils fourmillent partout et se font confondre aux coopérants techniques engagés dans la construction des infrastructures. Beaucoup sont sans papiers de séjours encore moins sans autorisation d’exploitation minière. Ça aurait été en Europe, tous les journaux seraient bien servis et achalandés par des gros titres, surtout s’il s’agirait des africains retrouvés sans papiers de séjour. Mais comment ces petits fils de Mao arrivent-ils à passer les frontières congolaises et se retrouver dans le Congo profond en train de déplacer les lits des rivières et renverser la terre pour y chercher les métaux rares durant des nuits et des jours entiers ? Les services migratoires congolais ainsi que les autres services de sécurité sont-ils complices ? Visiblement oui!

Au Sud-Kivu, la question de l’exploitation des minerais par les chinois devient virale et omniprésente. Cela révolte les populations à voir comment ils détruisent l’environnement et l’économie paysanne laissant nombreux citoyens sans abri et sans terre sans qu’aucune mesure réparatrice et protectrice conséquente soit prise, et par le gouvernement congolais, et par ces soi-disant entreprises chinoises de « frappeurs » qui n’ont aucun document d’exploitation minière et pourtant… et pour tout cela c’est la province du Sud-Kivu qu’on appauvrit sans espoir de se relever économiquement ni de se développer de par ses potentialités et richesses.

Selon le gouvernorat de province du Sud-Kivu, il se constate que depuis 2020, les entreprises chinoises opèrent sans respect aucun à la réglementation minière en vigueur au pays. Ils n’ont aucun cahier de charges avec les communautés locales, il n'y a aucune possibilité d’accéder aux données statistiques des minerais qu’ils produisent car ils sont ceinturés par des militaires bien armés et les sites d’exploitation minière sont plus protégés que les citoyens congolais. On ne peut pas non plus dire avec précision et exactitude quel type de minerais ils exploitent là où ils s’installent tellement leurs entreprises se cachent derrière des permis de recherche octroyés à Kinshasa.

Le gouvernement provincial tente en vain de mettre de l’ordre dans le secteur en exigeant aux chinois se trouvant au Sud-Kivu de se mettre en ordre avec la loi congolaise mais hélas ! C’est Kinshasa qui donne des ordres pour laisser faire ou partir les chinois. Quelle complicité !
Quelle trahison !

En moins de trois mois, l’administration locale vient d’arrêter plusieurs groupes d’exploitants chinois en situation très irrégulière mais hélas ! La première fois c’était un groupe de treize citoyens chinois sans papiers mais perdus dans les forêts du Sud-Kivu en train d’exploiter les minerais. Kinshasa a ordonné de les laisser partir. Pourquoi ? On peut s’imaginer..!

Il y a presque deux semaines, la province a encore mis la main sur un autre groupe de chinois avec au départ 12 lingots d’or et huit cent mille dollars américains liquide, à en croire les premières informations officielles partagées dans les médias sur place et dans les réseaux sociaux. L’affaire a fait un tollé et Kinshasa s’invite encore une fois dans l’affaire et l’opinion pense qu’encore une fois ils seront libérés sans payer quoi que ce soit à la province comme entité décentralisée et conformément aux prescrits du code minier en vigueur. Des spéculations tendancieuses et mal intentionnées font déjà la chronique sur le nombre exact de lingot d’or arrêtés et le chiffre exact de la somme d’argent pendant que les communicateurs officiels du gouvernorat avancent déjà 13 lingot d’or et huit cent mille dollars et l’on suppose que c’est après constat ; le discours change honteusement que c’est plutôt dix lingots, trois autres étaient plutôt des colis de chanvre comme si les deux sont de même nature pour qu’ils soient vraiment confondus. Pour la somme d’argent, on parle davantage de quatre cent mille dollars en lieu et place de huit cent annoncé précédemment… de tels tâtonnements délibérés ne peut assurer aucune confiance du peuple, bien au contraire. Cela crée un doute et des suspicions dans le chef de la population car un tel changement de discours peut cacher la volonté de détourner la vérité pour des fins égoîques.

Tout le monde pointe la présidence de la république d’avoir une main noire dans cette affaire des chinois mais encore une fois ce sont des communiqués officiels de la province qui sortent pour mettre en garde la population quant à cette volonté de pointer la famille présidentielle d’être impliquée, bref, des communiqués pour blanchir la famille présidentielle, et pourtant, il est de principe que qui peut et n’empêche, pêche…La population n’est pas dupe et les chinois disent clairement de qui ils dépendent. Ils s’en vantent d’ailleurs pour intimider et déchanter les petits agents de l’Etat qui viennent s’enquérir de la situation ainsi que la population en colère.

Quoi qu’il en soit un procès en flagrance a été ouvert par le Tribunal de Grande Instance de Bukavu contre les trois sujets chinois. Ce sera la toute première fois dans l’histoire de cette province du Sud-Kivu pillée à dessein par des étrangers, voire de ce pays en proie à une exploitation sauvage et inhumaine par les grandes puissances économiques et militaires du monde. Le verdict est tombé dans la soirée de ce jour du 14 janvier 2015. Les trois ressortissants chinois ont écopé d'une peine de sept ans de servitude pénale et d’une amende de six cent mille dollars américains (600 000US).

Le tribunal a donc chargé ces pilleurs chinois des infractions de fraude et exploitation illicite de minerais, de blanchiment des capitaux, de séjour irrégulier en RD Congo ; d’achat illicite des substances minérales en violation de l’article 302 du Code minier en vigueur, de la détention 
illicite des substances minérales en marge de l’article 303 du Code minier, d’entrave à la transparence et à la traçabilité des minerais selon l’article 311 du même Code. Le tribunal a, en outre, ordonné la confiscation, au profit du Trésor public, des dix lingots d’or et les 400.000 dollars américains qu’ils détenaient au moment de leur arrestation mais aussi le payement des dommages et intérêts fixé à trois cents mille dollars américains dont deux cents en faveurs de la province du Sud-Kivu et cent mille dollars américains en faveur de la chefferie de Wamuzimu, une entité territoriale décentralisée du territoire de Mwenga au Sud-Kivu. La répartition de ces dommages et intérêts parait injuste car c’est la communauté locale victime de toutes ces exploitations sauvages de l’or qui devait bénéficier de la plus grosse somme et la province de la plus petite, mais hélas ! Roma lucuta causa finita !

La grande question qui demeure est celle de savoir si ces condamnés vont réellement épurer leurs peines et s’acquitter des amendes qui leur sont infligées ? Qu’à cela ne tienne, il aura été un procès 
pédagogique si par la suite les interférences politiques de Kinshasa ne crachent pas sur cette procédure qui devrait devenir une jurisprudence à travers toute la république où la Chine exploite et pille à travers ses citoyens. Wait and see !

Les Congolais devraient rester vigilants par rapport à l’exploitation minière et à la suite de ce procès. Il faut poursuivre le monitoring de cette affaire qui n’est qu’à son premier épisode. Les condamnés vont certainement faire appel et étonnement ils peuvent être blanchis par cette même justice car les implications sont inimaginablement nombreuses et à différents niveaux. Ce jugement n’est donc pas définitif et n’est pas encore coulé en force de chose jugée. Un tel procès devrait aussi s’étendre à toutes les complicités internes, surtout au niveau des services de l’Etat engagés dans l’exploitation des minerais. Tous les brouteurs et les pilleurs de la république sont souvent couverts par les plus hauts placés du pays qui en tirent leur part belle. Dans le dossier à la une, la responsabilité de tous ces services publics est avérée et engagée car tous affectent des agents dans les sites d’exploitation mais ces derniers s’empêchent sciemment de voir ce que font les chinois. Pourquoi et pour quel intérêt ? Comme qui dirait, les malheurs du Congo viennent aussi des congolais eux-mêmes.

Le capitalisme n’a pas d’humanisme. Sous un angle ou sous un autre, qu’on soit d’accord ou pas, l’économie chinoise, repose jusqu’à un certain pourcentage sur la misère et la pauvreté des congolais en particulier et des africains en général. Pour autant que tous les hommes naissent égaux en droits et en dignité, ce que fait la Chine sur le continent à travers ses citoyens c’est du pillage, de l’exploitation sauvage camouflé dans un faux messianisme économique. Ils se font passer pour des coopérants techniques les plus compatissants, accessibles et moins obligeants mais ce qu’ils font contre toutes les lois de leur pays hôte ne les dédouane pas. Les droits de l’homme et la dignité humaine n’est pas leur préoccupation.

C’est l’or à tout prix. Ils détruisent sans remord l’environnement, l’agriculture paysanne ainsi que l’écosystème dont les congolais sont existentiellement dépendants sans contrepartie aucune. Les quelques infrastructures routières qu’ils construisent soient disant en contrepartie ne sont pas durables et surtout pas proportionnelles à la valeur des matières qu’ils exploitent. On dirait qu’ils construisent pour que le pays ait toujours besoin d’eux. 

samedi 15 juin 2024

Les sacrifices oubliés des résistants

L'histoire est l'histoire (1). Elle fait partie de la culture qui laisse généralement de profondes cicatrices dans l'âme et dans les comportements des individus. On ne peut la rayer d'un seul trait. 

Il faut nécessairement se souvenir du passé pour vouloir le changement. Nous sommes héritiers et porteurs d’une civilisation dont la mémoire est principalement orale, surtout en Afrique.

Nous prenons rarement note des évènements. Nous écrivons rarement sur notre expérience vécue à la lumière des richesses et des souvenirs encore plus nombreux qui garnissent nos mémoires. Et avec les années, celles-ci s’effilochent et finissent par devenir diffus, vagues, inutilisables et obsolètes.

C’est un fait: une expérience ou une connaissance qui ne se communique pas, ne se partage pas, ne se systématise pas, c’est une expérience morte! Et la transformation sociale qu’elle peut engendrer ou provoquer s’arrête, faute de souffle pour la porter.

Sur ce papier, je vais essayer de centrer ma réflexion sur la vie "des résistants" que j’ai rencontré, entendu, ou lu dans des manuels car, dit-on, l’histoire oubliée est un avenir perdu.  

La résistance: de quoi parle-t-on?

Ce mot, selon le dictionnaire français, signifie: qualité par laquelle, un corps résiste à l’action d’un autre corps. Cette définition, notons-le, a plusieurs extensions. Elle signifie l’opposition aux desseins, aux volontés, aux sentiments d’un autre ou à ses propres passions. Elle signifie aussi: défense que font les hommes et les animaux ou les micro-organismes contre ceux qui les attaquent.

En France, pendant la seconde guerre mondiale, la résistance a été l’ensemble de mouvements et réseaux clandestins qui, durant cette dernière ont poursuivi la lutte contre l’axe et ses relais collaborationnistes sur le territoire français depuis le 22 juin 1940 jusqu’à la libération en 1944 (2)

Mais, Robert Belot avertit: la résistance est une décision risquée dont les conséquences ne sont écrites nulle part et qui se mûrit dans l’âpre solitude (ce point de vue emporte mon adhésion). Le résistant se bat contre lui-même, contre sa famille et parfois à l’insu de celle-ci, face à l’incertitude d’une histoire dont il ne connait pas la fin (3).

Les résistants, dans leur ensemble, n’ont pas d’épouses, et ceux qui en ont, ne les écoutent pas ou les quittent tôt. Les femmes les empêchent d’agir. Quand l’on posait à Yasser Arafat la question de savoir pourquoi il ne se mariait pas, il répondait : « Je suis marié à l’OLP (4) » j’évite, pour l’instant d’évoquer, Ernesto Che Guevara qui abandonna sa famille à Cuba…

Les hommes des combats souterrains  

En juin 2004, je revenais du territoire de Fizi en province du Sud Kivu en RD Congo, pour une mission d’évaluation du degré des destructions des infrastructures scolaires causées par la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), une rébellion pro Rwandaise.

 Accompagné d’un ami ce soir-là, il me demanda d’aller avec lui pour visiter un de ses cousins arrêté dans un cachot du lieu. Le geôlier accepta de nous ouvrir ledit cachot après nous avoir soutiré quelques pourboires. Sur la porte de ce dernier, des écrits : « ce cachot et la mort = 1 ».

Surpris, j’ai demandé au gardien si l’homme en détention et objet de notre visite était déjà condamné à mort? Il me sourit et ne répondit pas. Quant au prisonnier, il était arrêté pour avoir refusé de marier sa fillette de 12 ans afin de payer la dot de son épouse décédée avant qu’elle ne soit dotée: la mère de la fillette.

De retour à Bukavu, j’exprime ma vive préoccupation sur la situation des violations terribles des droits humains en territoire de Fizi à Pascal Kabungulu Kibembi, un grand défenseur des droits humains, secrétaire exécutif de « Héritier de la justice », une ONG spécialisée en la matière et avec laquelle je collaborais. Il prit note, promit d’enquêter et surtout de dénoncer cette situation.

Il sera assassiné quelques mois après, chez lui, le 31 juillet 2005, par des hommes armés qui l’ont abattu de sang-froid. Il était déjà vice-président de l’organisation régionale "La ligue des droits de l’homme dans la région des Grand Lacs". Il était toujours du côté des opprimés et n’était jamais en bons termes avec certains officiers militaires.

Human rights Watch, Amnesty International et Front Line, basées à Londres, réclamèrent une enquête et bien sûr des sanctions à l’encontre des auteurs du crime, mais rien n’y fit! C’était un résistant, selon moi.

Les résistants n'ont pas de région

Je me souviendrai toute ma vie de ces jeunes gens que j’ai vu venir de Fizi (5) dans le Sud du Sud-Kivu en RD Congo, en octobre 1996, pour défendre la ville de Bukavu menacée par des rebelles venus de l’Ouganda et du Rwanda et conduit par Laurent Désiré Kabila et Kisase Ngandu. Ils furent tous massacrés par les agresseurs à la grande poste de Bukavu, lieu où ils étaient rassemblés, et furent enterrés dans une fosse commune derrière cet immeuble de la ville. C’était le 29 octobre 1996, un mardi noir, le même jour que Monseigneur Christophe Munzihirwa, d’heureuse mémoire. C’était des jeunes volontaires dont la majorité ne connaissait même pas la ville qu’ils venaient défendre. Ils ont refusé ma main quand je voulu les saluer en guise d’encouragement!

C’étaient des résistants anonymes à l’instar de Matudidi, cet étudiant congolais à la Sorbonne, en France, qui abandonna ses études pour rejoindre la rébellion de Pierre Mulele qui s’opposait au néocolonialisme. Il s’était noyé dans le lac Tanganyika en 1964. Il était  originaire du Kwilu dans l’ex-province de Bandundu, très loin, à l’extrême-ouest du pays.

Le héros de la guerre qui a défait la rébellion pro-rwandaise, le M23 en 2013, le colonel Mamadou Ndala, a été assassiné en pleine journée à Beni. Jusqu’à ce jour, le grand public ne connait rien ni sur les auteurs, ni sur les enquêtes amorcées. De nombreux Congolais le considèrent comme un résistant, un héros.

La société civile: les hommes des combats souterrains

Depuis les vagues des guerres qui ont déferlé sur la RD Congo dès 1996, le bureau de coordination de la société civile en province du Sud Kivu a, lui aussi, créé un autre front de contestation et de résistance. Certains animateurs ont été d’une vaillance héroïque forçant l’estime de la population. L’histoire non encore écrite du combat de la société civile, fourmille d’exemples d’hommes qui ont pu renverser des situations dramatiques alors que leurs vies paraissaient dépendantes des forces qui les dépassaient. Ces hommes (rares, il est vrai) ont manifesté leur capacité de résistants. Ils ont su, au cœur de l’adversité, prendre les risques de dénoncer, de s’opposer et d’exercer leur liberté dans des situations périlleuses.

En effet, en 1998, le 2 août, un mouvement rebelle pro-rwandais, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) déclencha une guerre en province du Sud Kivu. Pour le Rwanda et la communauté internationale, il s’agit d’une guerre civile créée par des Tutsis congolais menacés par d’autres communautés; juste une tournure des complices pour s’interdire d’intervenir et, par contre pour laisser-faire et faciliter leurs agendas économiques…

Au cours d’un sommet de l’Union Africaine tenu en urgence sur ces conflits, le président en exercice de l’époque, Mr Alpha Oumar Konare, ancien président du Mali, déclara qu’il s’agissait d’une guerre civile dans laquelle la présence du Rwanda dans la capture de Bukavu n’était pas avérée pour dire que le Rwanda n’est en rien impliqué.

Le bureau de coordination de la société civile du Sud Kivu de l’époque rassembla très vite des preuves par lesquelles il fournissait les listes des militaire rwandais au front à Bukavu, leurs unités d’origine dans l’armée rwandaise et même le n° des armes de ces militaires rwandais au front à Bukavu. Les données parvinrent à temps réel au ministre congolais des affaires étrangères Antoine Gonda M. en difficulté à Addis-Abeba. Celui-ci les transmit directement au président Alpha Oumar Konare.  Des preuves hyper-accablantes qui le laissa perplexe, aphone... La guerre prit alors une autre tournure.

Certains de ces combattants, ces véritables résistants sont toujours en vie et n’ont jamais été connus du grand public ni du pouvoir. Mission terminée?

En 2005, peu après l’assassinat de Pascal Kabungulu, un gouverneur du nom de Bulahimu Witankete, fut nommé à Bukavu. Accusé par la société civile d’être un mauvais gestionnaire et de dilapidation du trésor public, il sera vite rappelé à Kinshasa d’où il ne reviendra pas. Sans demander son reste, chassé par la société civile.

Last but not least, le gouverneur Théo Ngwabidje vient de quitter la province du Sud Kivu sur la pointe des pieds, en ce début 2024. Traqué lui aussi par le bureau de coordination de la société pour détournement de fonds et autres abus de pouvoir. Echappant sans cesse à plusieurs motions des députés provinciaux, glissant comme une anguille à toutes les tentatives d’éjection de son fauteuil de gouverneur, il a rejoint précipitamment Kinshasa comme député national, grâce probablement à l’alchimie électorale de 2023. Traqué et déplumé par le bureau de coordination de la société civile résistante à ses tentatives de corruption, il a laissé derrière lui une province du Sud Kivu exsangue, une province aux veines économiques tranchées...

"A côté de vous, sans que vous le sachiez toujours, luttent et meurent des hommes – mes frères – les hommes du combat souterrain pour la libération. Ces hommes fusillés, arrêtés, torturés, chassés toujours de leurs foyers, coupés souvent de leurs familles, combattants d’autant plus émouvants qu’ils n’ont point d’uniformes ni d’étendards, régiments sans drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s’inscriront pas en lettre d’or dans le frémissement de la soie mais seulement dans la mémoire déchirée de ceux qui survivront... Saluez les.

C’est ainsi que luttent et meurent les hommes de combat souterrain, ce sont des soutiens de la gloire (6)…" 

Eh oui, les résistants sont partout

"Les résistants n’ont pas de patrie particulière, ni de région, ni de race…

Selon Jean Ziegler, sur terre, aucune liberté ne s’obtient sans souffrance et sang versé, les hommes opprimés se révoltent partout et toujours. Jamais l’homme n’accepte durablement ses chaines.

Le message du résistant dépasse l’évènement où il prend naissance. Il est universel et atemporel, chaque génération peut se l’approprier, chaque pays peut l’adopter comme modèle (7)

L’histoire contemporaine nous en fournit des exemples édifiants. Les injustices, les privations des libertés, les humiliations collectives et individuelles, l’oppression, la souffrance engendrent des constructions sociales, lesquelles souvent font naitre l’embryon d’une conscience collective anti-coloniales, opposées à toute forme d’occupation, d’exploitation ou d’imposition impérialiste.

Cette conscience nouvelle a permis à des peuples dominés, des opprimés, de s’organiser, de se réunir, et même de s’armer pour le combat dans l’espoir de recouvrer leur dignité perdue ou menacée, créant ainsi la résistance.

Les insurrections écrasées, les révoltes anti-impérialistes étouffées dans le sang sont nombreuses avec souvent peu de témoignages, et ceux qui existent sont oraux, contradictoires ou manipulés, rapportés par les vainqueurs sur les vaincus.

Du coup les résistants vaincus disparaissent dans la nature, du moins pour ceux qui ont échappé aux glaives des vainqueurs. 

Des jungles birmanes à la RD Congo, de la Palestine au Burkina Faso, des combattants ou plutôt des résistants sortis de nulle part sont au front, constitués souvent à la hâte, pour défendre leurs patries, leur liberté, leur dignité et cela sans rémunération. 

Un combattant palestinien a déclaré en ce qui concerne sa rémunération: "Rien pour nous si nous ne faisons rien pour nous-mêmes. Ceux qui ont besoin d’être soutenus reçoivent 15 dinars par mois. Mais, comme mon père travaille et gagne 40 dinars par mois, je ne touche rien et je trouve que c’est normal" (8). Touchant, n’est-ce pas?

Les patriotes résistants du Kivu appelés Wazalendo en Swahili, n’ont pas eu besoin de rémunération pour défendre leurs terres en affrontant le M23, ce mouvement rebelle  qui ensanglante l’est de la RD Congo, la province du Nord Kivu, avec le soutien du Rwanda selon plusieurs sources gouvernementales congolaises et internationales.

Quels défis de la résistance!

Taraudés par la faim, les dures conditions du maquis et l’incertitude d’une victoire qu’ils espéraient faciles, les résistants, parfois démotivés, s’en prennent de temps en temps aux populations (pour lesquelles ils se battent) et leurs biens dans les zones sous leurs contrôles. 

J’ai vécu des situations affreuses entre 1998 et 2002, période pendant laquelle un groupe armé, le Mudundu 40, considéré au départ comme un mouvement de résistance du peuple Bashi du Sud Kivu contre l’occupation rwandaise, a basculé sous le label d’une autre rébellion : Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD).

Très vite usée, sans pensée claire, sans doctrine, sans idéologie politique défendable ni stratégie cohérente, dépourvue de tout appui extérieur, la résistance se mua en un groupe d’oppression impitoyable, reproduisant la même terreur dans la région sous son contrôle: extorsion des biens des paysans (vaches, chèvres, poules.), pratiques fétichistes, tortures, exécutions sommaires des innocents, des femmes soupçonnées de sorcières brûlées vives… Je garde moi-même des souvenirs affreux de ce mouvement qui opérait dans la région où je travaillais et fit exécuter certains de mes collègues et connaissances. 

Des cas similaires ont été pratiqué en Afrique de l’Ouest par les résistants du PAIGC (9)  conduit par Amilcar Cabral en 1963.

Il en parle: "La lutte militaire victorieuse des guérilleros se transforme pour les populations civiles de certaines régions en cauchemar. Véritables seigneurs de la guerre, nombre de commandants des bases nationales, qui au combat témoignaient d’une énergie admirable se conduisaient face à leurs compatriotes libérés, comme des despotes, égoïstes, exploiteurs souvent cruels…, assouvissaient leurs haines personnelles et exécutaient sans ordre ni jugement ceux d’entre les paysans qui osaient contester leur pouvoir. Toute résistance aux nouveaux despotes locaux paraissait suicidaire…" (10)

Et Vieira, un ancien combattant, du PAIGC se souvient : "Par exemple, les gens croyaient que si quelqu’un tombait malade, c’était parce que les vieux voulaient le tuer. Alors les jeunes partaient en groupe pour chercher le coupable… On fit la chasse aux sorciers et certains des accusés furent fusillées ou brulés vifs." (11)

De tels comportements des combattants remettent en question la survie de certains mouvements de résistances, créant parfois des dissensions au sein des groupes et hypothéquant leur avenir. C’est sous ces dissensions internes que sera assassiné Amilcar Cabral le 20 janvier 1973 par le commandant de sa marine, Inocencio Kuni. Et comme une bougie, le PAIGC ne lui survivra que quelques années avant de s’éteindre...

Les mêmes problèmes ont été soulevés par Holden Roberto au Nord de l’Angola, Agostino Neto avec le MPLA, Jonas Savimbi, chef des Ovimbundus du Sud de l’Angola, quand ils luttaient contre les portugais pour obtenir l’indépendance de l’Angola. De même pour Lazaro Lavandame, le résistant du nord du Mozambique avec le peuple Makonde qu’il tentait de soulever contre les portugais, avant de faire volte-face, abandonna le FRELIMO (12)  pour rejoindre les troupes d’occupation portugaise au Mozambique.

Mêmes cas pour Thomas Sankara assassiné en 1987 par son ami et allié Blaise Compaoré avec l’appui des impérialistes occidentaux. Thomas Sankara n’avait sans doute rien compris des déclarations du New York Times lors du renversement du Président Iranien Mohammed Mossadegh en 1953 par un coup d’Etat réalisé, conjointement par les Américains et les Britanniques pour restaurer le Chah d’Iran.

Dans un éditorial approuvant le coup d’Etat, le New York Times écrivit: "Les pays sous-développés, riches en ressources naturelles ont reçu une leçon des choses: le prix très lourd que doit payer l’un d’eux pour avoir sombré dans la folie du nationalisme fanatique. Les Mossadegh du reste du monde devraient bien réfléchir avant de tenter de reprendre le contrôle de leurs ressources qui évidemment sont à nous" (13)

Mobutu, Joseph Kabila et Felix Tshisekedi semblaient avoir bien compris la leçon. Mais, des résistants a l’impérialisme ont payé de leur vie pour n’avoir pas voulu entendre ou même comprendre "la leçon":  P.E. Lumumba et Thomas Sankara en ont payé les frais.

En RD Congo, les résistants sont à découvrir

Depuis 1996 la guerre tue à l’Est de la RD Congo avec des intermittences. Des crimes de masses y ont été commis. Une abondante littérature existe déjà, notamment le mapping des nations unies. Ce qu’on ne dit pas, c’est que souvent, la résistance aux forces d’occupation est à la base de ces hideuses cruautés.

Dans son ouvrage "Qu’on nous laisse combattre et la guerre finira avec les combattants du Kivu", l’auteure, Justine Brabant a pu rencontrer des combattants ou plutôt des résistants qui affrontaient les rebelles du RCD en territoire de Fizi dans la province du Sud Kivu et raconte: "Ils se cachent dans des montagnes et à l’approche des colonnes ennemies fondent sur elles. Le même agresseur pousse la provocation jusqu’à établir des postes avancés de son armée le long de ces axes. Le même traitement lui est réservé."

"(…) par une nuit de fin décembre 1998, les Mayi-mayi des environs (de Makobola) décident de lancer une attaque sur la base du RCD à Makobola, Ils y tuent deux militaires et retournent se réfugier dans des montagnes. Le lendemain le RCD lance une expédition punitive qui tourne au massacre. Du 30 décembre 1998 au 2 janvier 1999, les soldats du RCD, rassemblement épaulé par des militaires des armées rwandaises et burundaises tuent plus de 800 personnes à Makobola et dans les villages voisins. Peu avant, ce fut le même mode opératoire pour Kilungutwe et Kasika où des villages entiers furent littéralement décimés; des prêtres tués, le Mwami Mubeza tué, des femmes enterrées vivantes (…)"

Et de poursuivre: "Tandis qu’à Makobola, les représailles tournaient au bain de sang et que les jeunes des campagnes organisés en groupe Mayi-mayi multipliaient des sabotages et embuscades, à Bukavu on rusait, on rasait des murs et on s’attaquait aux symboles les plus éclatants de la présence du RCD, on photocopiait des tracts qu’on distribuait en cachette."

"La nuit on allait sur la place de l’indépendance descendre les drapeaux du RCD et y remettre le drapeau congolais. Ils étaient furieux, mais ils ne réussissaient pas à nous attraper ! C’était la résistance." (14)

"(...) Il n’est pas jusque dans les églises où les Kivutiens n’entendent parler d’invasion et de nécessaire résistance. En octobre 1996, le prêtre jésuite et archevêque de Bukavu, Christophe Munzihirwa dénonce dans ses lettres pastorales des attaques répétées du Rwanda contre le Zaïre. Il est assassiné quelques semaines plus tard par un commando des soldats rwandais alliés au RCD." (15)

Des mots d’ordre de grèves et des appels au refus de payer ses impôts circulent sur des tracts distribués en ville, sur des feuillets photocopiés à la va-vite et distribués sous le manteau où on peut lire par exemple: "Le haut commandement de force de résistance civile salue le courage et la détermination de la population kivutienne victime de l’occupation tutsi rwandaise, burundaise et ougandaise". Aussi, une toute petite radio des résistants émettait matin et soir on ne savait d’où pour réconforter la résistance populaire: ce qui n’arrêtait pas de déstabiliser les plans des agresseurs en furie…  La frontière entre l’opposition, la présence du RCD et le racisme anti-Tutsi est souvent floue… Des vendeurs des rues refusent de servir des clients douteux. (16)

Ainsi opérait la résistance dans le Kivu. Le sang a coulé énormément dans le Nord et le Sud Kivu et environ 30 ans après, le robinet sanguinolant n’est toujours pas fermé. Et les résistants qui se battent (en désordre) pour le fermer sont à découvrir… La France a reconnu la contribution de ces "soldats de l’ombre"  en 1944, mais en RDC la communauté internationale la surnomme "force négative". Quelle pénurie de mots!

Les résistants congolais et les autres résistants ont peut-être compris qu’ils doivent se libérer. Se libérer de l’hitlérisme tropical appuyé par les puissances capitalistes/impérialistes. En tête « Babylone la grande ». La libération d’un peuple ne peut venir d’ailleurs: Che Guevara a tenté de le faire comprendre en RD Congo en 1965, mais il ne fut ni compris ni accepté.

Voulant internationaliser la résistance contre l’impérialisme en Amérique latine, la terre qui l’a vu naître, il sera tué en Bolivie le 9 octobre 1967. Et la mort prématurée de ses camarades des maquis comme Camilo Cienfuegos, Celia Sanchez, Abel Santa Maria porta un coup dur à cette résistance. 

D’autres disciples du Che ont tenté de prendre la relève mais sans succès durable: c’est le cas de Inti Peredo en Bolivie, Carlos Marighela au Brésil, Cesare Montes au Guatemala, les Tupamaros en Uruguay, Fabio Vasquez en Colombie, Douglas Bravo au Venezuela, etc. mais les critiques des stratégies furent nombreuses et Cuba, le "parrain" affronta des problèmes économiques. La résistance à "l’Ogre" n’est pas facile. 

Les résistants après la résistance

A l’instar du PAIGC d’Amilcar Cabral, le mouvement révolutionnaire n’a pas survécu à la mort du Che, comme nous venons de le voir. Les idées de Patrice E. Lumumba et de Thomas Sankara ne leur ont pas survécu. Il n’en reste que des débris épars. En RDC comme ailleurs les résistants sont souvent profondément incompris, sans idéal politique, mal encadrés, peu ou pas entrainés. La défense de leur patrie, de leur liberté, de leurs droits reste le fondement de leur engagement. Ils donnent cependant la dignité à des millions de leurs concitoyens.

Dans certains Etats, la résistance contribue à la mise sur pieds des stratégies de lutte, à l’édification des nations et des forces d’organisations inédites en cas de victoire. Ils défendent dans des conditions difficiles et contre des ennemis communs les principes de liberté, de justice et de souveraineté nationale (qui sont les nôtres). Ils méritent admiration et solidarité.

Jean Ziegler affirme que certains d’entre les résistants ne font que "passer au firmament de l’espérance comme une comète vite éteinte laissant au ciel une trainée de lumière. D’autres creusent profondément le sol... Le sang se mêle partout à l’herbe. Mais vivants ou morts, défaits ou triomphants, des centaines de milliers de combattants marquent durablement l’histoire de tous les hommes. Aucun d’eux n’expire en vain. Chacun par son sacrifice devient l’ancêtre d’un monde plus juste, plus libre, plus humain à venir."

En pensant aux victimes de la guerre à l’est de la RD Congo (massacre de Goma, Ituri et ceux du Sud Kivu) et au génocide encore  en cours en Palestine. Je fais miennes la pensée de Jean Ziegler: "Obtenir du lecteur de ce papier, une minute de silence en souvenir des centaines de milliers d’enfants, d’hommes et de femmes de toutes les couleurs, de toutes les nations, de toutes les religions, habitants les massues isolées, les villes, les déserts, les forêts, les rives des fleuves, et qui au cours de ce siècle révèrent la liberté. Ils furent déchiquetés par les bombes, arrêtés, torturés ou disparurent un matin, assassinés." (17) 

Nombreux de ceux qui ont pu survivre ou se battent encore, ne seront peut-être même pas invité au "banquet" en cas de victoire. Que de fois la victoire du combat des résistants est volée… L’oubli reste l’horizon le plus probable pour les résistants. Les plus modestes retournent dans leurs familles, à leurs métiers: un retour souvent difficile, une réinsertion sociale et professionnelle plus difficile encore pour ces héros anonymes qui peinent à se retrouver.

Pendant ce temps, d’autres passent du maquis aux ministères tandis que les rêves du plus grand nombre de résistants se dissolvent ainsi dans des jeux politiques incompréhensibles, comme on le voit en RD Congo alors qu’on espérait rendre utile cette force qui s’est spontanément dressée contre l’ennemi.

En visite dans la région de Toulouse en 1944, l’on posa à De Gaulle la question de savoir quel doit être le rôle de la résistance dans l’avenir. La réponse du général atterra l’assistance: « son rôle est terminé »

Vraiment terminé? Pas facile d’être résistant!

Xavier B.C.

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(1) Histoire c’est l’histoire, tiré du swahili « hadisi njo hadisi »
(2) Extrait du wiktionnaire, disponible sous licence CCBY-SA 3.0
(3) Robert Belot, auteur d’Henry Frenay, De la résistance à l’Europe, Ed. Seuil 2003
(4) Organisation Pour la Libération de la Palestine (OLP)
(5) FIZI : Terre des Hyènes en Swahili. Territoire choisi par CHE GUEVARA pour créer un mouvement de résistance contre l’impérialisme en Afrique en 1965.
(6) Pierre Brossolette à la BBC, le 22/09/1942, cité par Robert Belot Op cit.
(7) Jean Ziegler, Contre l’ordre du monde, Les rebelles, Ed du Seuil, 1985
(8) Gerard Chalian, la Résistance palestinienne, Ed. du Seuil, 1970
(9) Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert.
(10) Amilcar Cabral cite par Ziegler in Les rebelles. Op.cit.
(11) Vieira, cité par J .Ziegler, Idem
(12) Front pour la Libération du Mozambique
(13) Chomsky N.LES Doctrines des bonnes intentions p.53
(14) BRABANT Justine, Qu’on nous laisse combattre et la guerre finira. Les combattants du kivu.P.63, Ed. . La Découverte, Paris 2016
(15) BRABANT Justine, op.cit P.63
(16) Idem
(17) Ziegler J Idem.

lundi 3 juin 2024

La gouvernance entortillée en RD Congo. A qui la faute?

Pas moi dit le dindon, ni moi dit le canard. Tout le monde fait le Ponce Pilate !

Depuis l’indépendance en 1960, l’image de la RD Congo connue du monde et au monde n’a pas du tout changé, bien au contraire. Plus les anniversaires de son indépendance s’accumulent, plus son image va irrémédiablement de mal en pis: la dictature, le sous-développement, la pauvreté et la misère accrues, le détournement des deniers publics avec des chiffres faramineux qui donnent de l’insomnie, l’injustice et l’impunité, les guerres et l’insécurité permanente et généralisée, des minerais de sang, les viols massifs sur les femmes et des enfants, la prolifération des groupes armés, les enfants soldats, des massacres à grande échelle, le manque d'infrastructures de base, l’enclavement, le tribalisme au sommet de l’Etat, la prolifération des sectes comme un opium d’endormissement massif, les élections dites démocratiques totalement chaotiques... 

A la commission du péché originel d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden, personne des deux n’admit être responsable de cette situation. Chacun rejetait la faute sur l’autre. "Ce n’est pas moi, c’est cette femme que tu m’as donnée", "Non ce n’est pas moi c’est le serpent…"

En ce qui concerne la mauvaise gouvernance au Congo-Kinshasa, personne ne semble être officiellement le responsable, tout le monde s’en lave les mains. Les dirigeants accusent le peuple, le peuple accuse les dirigeants, chaque régime accuse celui qu’il a remplacé ou facilement l’occident, etc. Durant le premier mandat de Félix Tshisekedi, son régime a accusé Joseph Kabila qu’il a remplacé. Au cours de son deuxième et dernier mandat, cette fois, c’est la Constitution de la République qui est mise en accusation. Politiquement c’est cynique mais c’est bien cela. Il faut donc la réviser pour trouver des solutions toutes faites aux multiples défis de gouvernance qui s’imposent au pays !  

Une Constitution des belligérants... ?

Une thèse avancée par le régime au pouvoir pour justifier sa volonté de réviser la Constitution est de la qualifier d’être celle des belligérants, allusion faite au contexte de son élaboration. Un contexte d’après-guerre, oui, mais qui ne justifie pas les appétits inopportuns de la réviser actuellement… A qui profiterait une révision constitutionnelle en ce moment-ci ? Le moment et le contexte sont-ils favorables à une telle chirurgie constitutionnelle ?

Ceux qui ont les yeux pensent que ceux qui ont les oreilles ne voient pas.

Sous la pression populaire, les guerres successives qui ont ravagé la RD Congo depuis 1996 jusqu’en 2000 ont débouché sur le dialogue inter-congolais à Sun City en Afrique du Sud entre 2001 à 2003. Il s’agissait notamment de la guerre de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL de Mzee Laurent-Désiré Kabila, Douglas Bugera, Masasu Nindaga) d’abord, ensuite celle du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD/Goma d’Azarias Ruberwa, Bizimana Karamuheto alias Bizima Karaha), RCD/ KML de Mbusa Nyamwisi et le professeur Wamba Dia Wamba et celle du Mouvement de Libération du Congo (MLC de Jean-Pierre Bemba). 

Malgré toute la bonne foi, ce dialogue inter-congolais (DIC) n’a pas mis fin à l’insécurité qui sévit principalement à l’Est du Congo. D’autres  groupes rebelles supplétifs ont vu le jour: le Conseil National pour la Défense du Peuple (CNDP de Laurent Nkundabatware et Bosco Ntaganda) puis le Mouvement du 23 mars 2009 devenu M23 (avec Bertrand Bisimwa, Sultan Makenda, Willy Ngoma,…) tous deux, grande fabrique rwando-ougandaise.

Ces assises nationales multi acteurs ont eu pour mérite d’aboutir à un compromis politique entre les belligérants et la société civile invités à Sun City: le gouvernement de 1+4, Joseph Kabila avec quatre vice-présidents issus de l’opposition non armée, du gouvernement central et des rébellions. Ce compromis fut qualifié d’ "accord global et inclusif de Sun City" signé le 19 avril 2002, dans lequel les partis avaient convenu comme objectifs : la réunification, la pacification, la reconstruction du pays, la restauration de l'intégrité territoriale et le rétablissement de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, la réconciliation nationale, la formation d'une armée nationale restructurée et intégrée, l'organisation d'élections libres et transparentes à tous les niveaux permettant la mise en place d'un régime constitutionnel démocratique et la mise en place de structures devant aboutir à un nouvel ordre politique.

La transition politique eut lieu, une équipe de rédaction d’une nouvelle Constitution fut mise en place. Cette Constitution fut soumise au référendum politique le 18 et 19 décembre 2005, promulguée le 18 février 2006. Elle sera révisée le 11 février 2011. Elle cessa par ce référendum d’être celle des belligérants. La prendre aujourd’hui sous cet angle pour justifier sa révision n’est qu’un prétexte qui cache mal d’autres désirs politiques. 

D’ailleurs l’article 219 de cette Constitution stipule qu’aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège ni pendant l’intérim à la Présidence de la République (…). Pour rappel, une partie du pays est sous état de siège depuis plusieurs années déjà, le Nord-Kivu et l’Ituri.

Les Congolais ont d’autres priorités de gouvernance qu’une modification constitutionnelle. Une révision constitutionnelle actuellement, pour quelque motif que ce soit, est inopportune. C’est plutôt un indice d’une posture extra juridique régressive du pouvoir de Felix Tshisekedi par rapport aux acquis du processus de démocratisation qui a fait son bonhomme de chemin depuis avril 1990.

La Constitution actuelle est-elle rémissible?

Certes, certains articles de la Constitution devraient-ils être reformulés ou carrément élagués car ils sont porteurs d’un fond critique et donc, d’un danger contre la République et contre la démocratie. Mais comment le faire sans tomber dans la tentation de toucher aux articles verrouillés?

Les Congolais peuvent-ils faire confiance au régime actuel de Félix Tshisekedi qui est à son deuxième et dernier mandat légal et lui laisser entreprendre cette révision sans peur de la tailler à sa volonté afin de conserver le pouvoir le plus longtemps possible? Aucune garantie ne s’offre car les membres du parti présidentiel voire le président lui-même ont déjà lâché les mots qui fâchent, montrant leur volonté de toucher aux articles sacro-saints de cette Constitution.

Boris Mirkine-Guetzévitch, l’un des pionniers de la « soviétologie » connue en Occident dans les années 1920 comme la Constitution de l’URSS, dit que la Constitution est une œuvre de circonstance. Oui, mais les circonstances actuelles du Congo (la guerre à l’est, la prise en otage du pays par des groupes d’intérêts internes et externes divers, la mauvaise gouvernance économique, sécuritaire, politique, sociale et environnementale) sont-elles favorables et opportunes à une révision constitutionnelle objective? Aucune garantie!

Hugues Rabault dans son article intitulé « Carl Schmitt et l’influence fasciste. Relire la théorie de la Constitution », publiée dans la Revue française Constitutionnel, 2011/4 (n°88) dit «nos mythes actuels conduisent les hommes à se préparer à un combat pour détruire ce qui existe». Nous en dirions pour notre part, que les mythes actuels au sein du parti (l’UDPS) au pouvoir risquent de conduire les Congolais à préparer un combat qui pourrait détruire complétement ce qui existe déjà. Cela pourrait risquer d’apporter de l’eau au moulin de différents esprits espiègles et belliqueux qui en veulent à ce pays. Pourtant, depuis Mzee Laurent-Désiré Kabila jusqu’à Joseph Kabila, les Congolais se sont constitués en chiens de garde de l’intégrité territoriale de leur pays ainsi que de leur Constitution, gage de leur unité politique.

Quelques articles constitutionnels alertent rouge...

Comme dit plus haut, certains articles de cette loi fondamentale constituent un cheval de Troie à certains maux qui rongent et tracassent la République. Dans leurs formulations et dans leur entendement, ils sont une réelle menace contre le pays et contre la  voie de la démocratie.

A titre illustratif : 

L'article 217 : « La République Démocratique du Congo peut conclure des traités ou des accords d’association ou de communauté comportant un abandon partiel de souveraineté en vue de promouvoir l’unité africaine. » 

Cet article menace l’intégrité territoriale et pêche contre la souveraineté du pays: il prête le flanc à toutes les velléités des pays voisins qui rêvent de déposséder la RD Congo d’une partie de son territoire national. Cette clause pourrait même servir à certaines autorités congolaises patriotardes, permettre de céder unilatéralement une partie du pays à qui ils veulent pour se maintenir au pouvoir. L’histoire retient que Mobutu aurait donné l’ile de Nkombo au Sud-Kivu à son ami Habyarimana du Rwanda, l’on raconte aussi que la partie frontalière de Gatumba au Burundi, appartiendrait au Zaïre dans le temps si on s’en tient à la frontière naturelle, la rivière Ruzizi. Comment est-elle devenue burundaise ?

Pour faire la paix avec Kigali, Felix Tshisekedi aurait signé des accords inédits  avec Kagame qu’il n’a pas respecté avant de se rebiffer. On accuse LD Kabila d’avoir signé les accords dit de Lemera qui donnaient tout le Kivu au Rwanda et qu’il n’aurait pas aussi respecté, etc.

Il est géographiquement connu que la superficie du Congo est de 2.345.410 km2, mais tout porte à croire aujourd’hui qu’il a déjà perdu beaucoup de kilomètres du côté de l’Angola, de la Zambie, de l’Ouganda. Déplacement des bornes ici, conflit de limites par-là, etc. Le Rwanda tente en vain depuis trente ans d’annexer plutôt le Kivu. 

Il est donc urgent que cet article endiablé soit extirpé de la Constitution, sinon il servira de base juridique à certaines causes irrémédiables contre le pays. L’arrivée des immigrés refoulés de la Grande Bretagne vers le Rwanda devrait aussi poser des questions dès lors que le monde entier sait que ce petit pays n’a pas assez d’espace pour lui-même, où pourrait-il mettre ces immigrés si ce n’est pas chez son voisin, la RD Congo?

L'article 4, la création des nouvelles provinces : « De nouvelles provinces et entités territoriales peuvent être créées par démembrement ou par regroupement dans les conditions fixées par la Constitution et par la loi. » Malheureusement sans demander aux autochtones…

Le démantèlement de onze à vingt-six provinces a eu quel avantage? A-t-il concouru à l’unité et à la cohésion nationale, au rapprochement de l’administration des administrés, au développement territorial promis ou, il a conduit malheureusement au développement du régionalisme et du tribalisme?

Aujourd’hui, la création des nouvelles entités territoriales qui fâchent l’opinion publique congolaise repose sur cet article 4, par exemple la question de la commune rurale très contestée de Minembwe au Sud-Kivu perçue par les congolais comme un Etat dans un Etat. En effet, les tutsis dits banyamurenges vivants dans le territoire de Fizi au Sud-Kivu, revendiquent depuis plusieurs années, leur propre espace territorial où ils se sentiraient mieux protégés. Le Premier Ministre Matata Mponyo avait pris en 2013 un décret créant des nouvelles villes et communes rurales dont Minembwe. En lien avec l’esprit des articles 9, 51 et 217 évoqués dans ce texte, les Congolais ont interprété cela, comme une opportunité offerte à ce groupe ethnique de revendiquer un jour l’autodétermination car ils auront déjà un espace géographique dont d’ailleurs les limites physiques et culturelles ont fait tiquer plus d’un observateur averti.

Par ailleurs, aujourd’hui, la tension et l’attention sont grandes. L’avenir de la démocratie est menacé. Un des principes de la démocratie, c’est la loi de la majorité et le respect de la minorité. Actuellement, on est dans un film de la manipulation identitaire et d’appartenance géographique. Certaines minorités sociologiques qui échouent aux élections brandissent le spectre du démembrement, de l’autonomie ethnique. Le Congo compte près de quatre cent cinquante-trois ethnies, ce qui veut dire qu’à la longue, chaque ethnie pourrait un jour réclamer sa province en croyant abusivement que c’est la solution idéale aux problèmes de développement qui se posent à leur entité d’origine. La cohésion nationale est en danger à cause de la mauvaise gestion du res publica. Le Nord et le Sud-Kivu, deux provinces issues du premier démembrement de l’ancien Kivu par feu Mobutu en 1988, sont encore hantées par l’esprit du démembrement. Au Nord-Kivu on parle de plus en plus de créer la province du grand nord et celle du petit sud qui s’étendrait jusqu’à Kalehe dans le Sud-Kivu tandis qu’au Sud-Kivu on parle de la nouvelle province d’Elila qui séparerait les territoires majoritairement occupés par les shis (Kabare, Walungu, Idjwi, Kalehe) et prendrait donc les territoires de Shabunda, Mwenga, Uvira et Fizi. Le Rwanda qui veut avoir une main mise sur les ressources de cette partie n’est pas loin de ces dynamiques divisionnistes. Sinon à qui cela profite-t-il vraiment?

L'article 6: le pluralisme politique. « Le pluralisme politique est reconnu en République Démocratique du Congo. Tout Congolais jouissant de ses droits civils et politiques a le droit de créer un parti politique ou de s’affilier à un parti de son choix. (…) Ils se forment et exercent librement leurs activités dans le respect de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs. Les partis politiques sont tenus au respect des principes de démocratie pluraliste, d’unité et de souveraineté nationale… »

Le pluralisme politique, sans aucun encadrement, crée autant d’ambition sans idéologie et sans projet de société. Chaque politicien crée sur une base tribale ou de son village d’origine son propre parti etc. Tout cela met la démocratie en danger car ça ne respecte aucune logique démocratique. Aujourd’hui, la politique est le seul secteur qui paye le mieux, tout le monde veux avoir son parti politique plutôt qu’une entreprise. S’il y avait autant d’entreprises qu’il y a de partis politiques ou d’églises de réveil, ce pays à la population estimée à 102 millions d’habitants en 2023 serait classé parmi les pays en voie de développement. Dans les vieilles démocraties, on classe les partis selon l’idéologie politique qu’ils défendent, la droite ou la gauche, les républicains et les démocrates, les travaillistes et les conservateurs,… On y parle moins de l’opposition et du parti au pouvoir. Au Congo, il est difficile de distinguer et de séparer idéologiquement ces formations politiques. Ils sont comme des pierres qui vont où va l’eau de la rivière. L’opposition est quasi inexistante et désorganisée sur le plan des principes.

L'article 9 met en cause la souveraineté des citoyens congolais et consacre plutôt la souveraineté de l’Etat. «L’Etat exerce une souveraineté permanente notamment sur le sol, le sous-sol, les eaux et les forêts, sur les espaces aérien, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que sur la mer territoriale congolaise et sur le plateau continental.» Et donc, finalement, le sol et le sous-sol n’appartiennent à personne sauf à l’Etat. La souveraineté du citoyen ou de la citoyenne congolaise ne s’exerce seulement que sur la maison qu’on occupe, et non sur la propriété foncière, encore que là, avec la suprématie accordée au code minier sur le code foncier tout devient problème. La souveraineté foncière appartient plutôt à l’Etat et non pas au citoyen. Tous les problèmes de déposséder les paysans de leurs terres partent en partie de là. Et ce sont des question de société qu’il faut résoudre.

L'article 10, sur la nationalité. «La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre. La nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition individuelle. Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République Démocratique du Congo) à l’indépendance. Une loi organique détermine les conditions de reconnaissance, d’acquisition, de perte et de recouvrement de la nationalité congolaise.»

Une grande question se pose avec acuité aujourd’hui: qui est congolais et qui ne l’est pas? Sur le plan juridique, comment distingue-t-on un national d’un étranger? La loi en la matière est-elle vraiment suivie? L’administration congolaise (le ministère de l’intérieur et des affaires étrangères) qui gère cette question ne saura jamais répondre à ces questions. Le dernier recensement général de la population date de 1984 sous le régime de feu Mobutu.

L’exclusivité très controversée et revendiquée de la nationalité congolaise demeure un des sérieux problèmes nationaux qu’il faut absolument trancher sans ouvrir la boîte de Pandore. Les populations de l’Est dans leur esprit nationaliste et protectionniste sont farouchement opposées à la double nationalité car elles savent que ce serait donner un chèque en blanc aux ressortissants de la sous-région qui leur font la guerre en se faisant illégalement passer pour des Congolais: Laurent Nkundabatware, Bosco Ntaganda et autre. La Constitution rwandaise à son article 25 consacre la double nationalité.

Entre-temps beaucoup d’autorités congolaises ont la double nationalité et ne font pas mieux en termes de gouvernance pour le développement du pays. Ils sont de père et de mère comme on dit. La question de nationalité est trop sensible en période électorale car la loi en fait théoriquement un des critères pour postuler. Malheureusement cela n’est jamais suivi ni respecté.

Avant les élections du 20 décembre 2023, on a assisté à un débat virulent sur la nationalité de Moïse Katumbi qui voulait se faire élire comme Président de la République sous le label de l’opposition politique. La nationalité de sa femme est entrée dans le débat public en l’assimilant aux pays agresseurs. Noël Tshiani, proche du pouvoir de Felix Tshisekedi, a jeté le pavé dans la marre sur la congolité, en exigeant d’être congolais de père et de mère pour avoir des hautes fonctions politiques dans le pays.

Partout au monde, la question de nationalité est une question de souveraineté nationale qui est toujours gérée avec délicatesse politique, avec patriotisme et sans complaisance ni émotion quelconque pour le bien de la République. Le Congo doit passer par là et faire un choix une bonne fois pour toutes, tout en mesurant sa portée sur le contexte et vice-versa. Quelles sont les limites de l’intégration régionale sur la question de la souveraineté nationale et d’intégrité territoriale?

L'article 51 consacre l’existence des minorités en République Démocratique du Congo. «L’Etat a le devoir d’assurer et de promouvoir la coexistence pacifique et harmonieuse de tous les groupes ethniques du pays. Il assure également la protection et la promotion des groupes vulnérables et de toutes les minorités. Il veille à leur épanouissement.» 

Cet article affirme qu’il existe des groupes ethniques minoritaires parmi les plus de 450 ethnies que compte le Congo. La grande question c’est: quelle est la base scientifique d’une telle affirmation ? Comment le législateur peut-il soutenir qu’il y a des minorités sans les citer. Comment les a-t-on identifiées en tant que telles? La conséquence c’est que, devant les enjeux du pouvoir, même démocratique, certains individus se font passer malhonnêtement comme appartenant à une certaine minorité imaginée. 

Il faut quand même préciser que la notion de minorité est une notion importée du Rwanda et du Burundi où justement on trouve des groupes ethniques minoritaires entre les Hutus, les Tutsis et les Twa (pygmées). En République Démocratique du Congo, cette notion de minorité relève plutôt de la stratégie politique que l’expression sociologique d’une réalité démographique donnée. Il va falloir qu’un jour ou l’autre on puisse distinguer sociologiquement et numériquement les plus de 450 ethnies répertoriées et bien les localiser sur la carte du Congo.

La mauvaise gestion de toutes ces questions et beaucoup d’autres, contrarient le bon fonctionnement de la République. Et au Congo, personne n’est responsable de cela, tout le monde fait le Ponce Pilate, il se lave les mains… C’est toujours les autres, c’est la Constitution.

Le peuple congolais veut la stabilité, il faut donc en aborder froidement les questions qui fâchent dans un schéma républicain. Elaguer, nettoyer de la Constitution les articles à problèmes sans céder à la tentation de toucher à ses articles verrouillés? Ainsi on aura adapté cette Constitution aux grandes ambitions du Congo. 

Le pouvoir en place doit s’assumer dans sa gouvernance et ne pas rechercher le bouc émissaire ici et là. La Constitution actuelle symbolise le contrat social et politique qui le lie au peuple congolais, en outre, elle a déjà fixé et réparti toutes les responsabilités publiques. Chercher à s’en dérober ou à se cacher derrière la Constitution pour expliquer son incapacité est une lâcheté politique.

vendredi 24 mai 2024

La démocratie congolaise sur l’étal de crucifixion de l’UDPS. Entre rêves et réalités politiques !

Le multipartisme congolais aurait-il pris l’avenir du pays en otage? La prolifération incontrôlée des partis politiques au Congo ne rassure plus la démocratie, au contraire, à voir son mode opératoire, elle constitue une réelle menace pour l’avenir politique de la république. Les partis politiques sont créés sur un fond de critères de moins en moins républicains. Autant ce pays fait face aux groupes armés qui choisissent la violence pour faire des revendications (il)légitimes, mettant ainsi à mal le fonctionnement de l’Etat, autant ces partis politiques sont une autre forme de groupe armé qui utilise une autre forme de violence, douce mais aussi fragilisante et destructrice de l’Etat congolais. L’Etat congolais est en situation d’effondrement silencieux et progressif. Les formations politiques congolaises constituées ont–elles encore des arguments pour convaincre les citoyens de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils rêvent pour l’avenir du pays ? Il y a une forte contradiction entre ce qu’ils professent être en puissance et ce qu’ils sont réellement en acte.

Depuis la libéralisation de l’espace politique du Zaïre par le maréchal Mobutu le 24 avril 1990, la constellation politique congolaise est achalandée par plusieurs organisations politiques, souvent saisonnières, selon le cycle électoral, chacune se réclamant d’une idéologie salvatrice du changement, d’autres se déclarant presque messianique pour le Congo de Lumumba. A chaque échéance électorale, la maternité des partis politiques au Congo se porte bien. Beaucoup naissent et disparaissent aussitôt les élections passées. Mais la véritable question est : finalement à quel parti faut-il croire ou ne pas croire après l’expérience de quatre cycles électoraux déjà organisés ? On le sait, en termes de propagande ou de populisme politique ambiant, il n’y a pas moyen d’échapper. On dirait que c’est de l’envoutement populaire ou pour reprendre les termes du sociologue français, Maurice Duverger, un véritable viol de la foule.

De tous ces partis politiques créés à l’occasion du multipartisme politique, s’en trouve un qui s’appelle l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS en sigle, crée par les treize parlementaires frondeurs du parti unique, le 15 février 1982 : Gabriel Biringanine Mugaruga du Kivu, Charles Dia Oken-a-Mbel de Bandundu, François Lusanga Ngiele du Katanga, Paul-Gabriel Kapita Shabangi du Kasaï Occidental, Walter Isidore Kanana Tshiongo a Minanga du Kasaï Oriental, Célestin Kasala Kalamba ka Buadi du Kasaï Occidental, Oliveira da Silva Antoine Gabriel Kyungu wa ku Mwanza du Katanga, Protais Lumbu Maloba Ndibu du Katanga, Anaclet Makanda Mpinga Shambuyi du Kasaï Oriental, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba du Kasaï, Joseph Ngalula du Kasaï et Mbombo Lona.

Les treize courageux hors norme de l’époque décidèrent de créer ce parti en signe de protestation contre la répression, par l’armée zaïroise, en juillet 1979, de creuseurs artisanaux à la recherche de diamants à Katekelay (Kasaï oriental). A cette époque l’exploitation du diamant n’était pas libéralisée. Les treize parlementaires s’étaient distingués en protestant contre la mort de quelques 300 creuseurs. Pour ce faire, ils seront condamnés à 15 ans de prison.

Ce parti devint donc au fil des années l’incarnation de l’opposition politique farouche contre la dictature de Mobutu. Depuis la conférence nationale souveraine en 1991 jusqu’il y a peu, les gens ont cru en lui et en ses discours politiques dans lesquels il faisait passer une vision impressionnante de son combat politique. L’occasion d’accéder véritablement au pouvoir pour démontrer ce dont il était capable ne lui étant jamais donnée, il s’est fait porter par le peuple comme un parti de masse. Comme on dit: "A bon menteur qui vient de loin". Etienne Tshisekedi prit peu à peu l’ascendant et devint le leader du parti. Les Congolais l’ont surnommé le sphinx de Limete, référence faite à l’avenue où il a résidé toute sa vie d’opposant mais aussi à ses prises de positions assez radicales rencontrant la volonté populaire vis-à-vis de la dictature en place.

Rêve ou rendez-vous manqué de l'UDPS?


Quarante-deux années après, l’UDPS est au pouvoir depuis cinq ans et plusieurs questionnements se posent désespéramment à ceux qui ont cru en elle. Comme qui dirait : les plus grands parleurs politiques ne sont pas toujours les plus grands faiseurs. Eh oui, le temps rattrape tout, mensonge ou vérité, rien n’échappe au temps…

Union pour la démocratie et le progrès social : qu’est-ce qui reste de cette union, de cette démocratie et de ce progrès social tant rêvés sinon l’ombre perdue de tout cela?
 

Sur le plan de l'union


Ce parti est aujourd’hui un dragon à plusieurs têtes désarticulées, multicolores et difformes. Il est miné par le manque d’un véritable leadership fidèle à sa vision fondatrice. Cette situation s’observe globalement sur tout le parti mais aussi singulièrement à l’intérieur de ses différentes tendances concurrentes et opposées. Une véritable et totale confusion idéologique et structurelle. Un royaume divisé contre lui-même est condamné à disparaitre. L’UDPS disparaitra-t-il ? A l’allure où vont les choses, les faits de sa gouvernance, de son organisation et de son fonctionnement pourraient amener de croire qu’il pourrait politiquement disparaître et ne rester finalement que l’ombre d’elle-même.

Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de Joseph Kabila, une formation politique beaucoup plus jeune mais avec une expérience de gestion des affaires de l’Etat de près de 20 ans, serait-il en train de tirer ses révérences ou attend-il de renaitre de ses cendres en 2028 ? Pas si évident que ça.

Aujourd’hui, le parti présidentiel connait plusieurs factions : l’UDPS/Tshisekedi la plus en vue et au pouvoir depuis décembre 2018, l’UDPS/Kibassa en passe d’être avalée par la première, l’UDPS/Le Peuple de l’ancien conseiller d’Etienne Tshisekedi, Valentin Mubake et l'UDPS/Tshibala qui détient le label après une décision de justice controversée. Toutes se réclament détenteurs de l’idéologie des pères fondateurs, les 13 commissaires du peuple souligne un article d’Afriwave. Au sein de l’aile au pouvoir, c’est-à-dire l’UDPS/Tshisekedi, il y a à boire et à manger. L’opinion a hâte de repérer ou de localiser le véritable centre des décisions : est-ce les organes constitués du parti ou bien la famille biologique du Président de la République. Le doute s’estompe quand on voit étonnamment les vénérations rendues à la mère biologique du président de la république, la femme de feu Etienne Tshisekedi devenue incontournablement la distributrice des cartes. Les pratiques moyenâgeuses remplacent progressivement les pratiques démocratiques au sein du parti. Pour être recruté ou se maintenir à un poste politique, il faut se rassurer du soutien de la famille biologique du président, en tout cas de la mère du président, maman Marthe Kasululu. A quel prix ? Seuls les anges du ciel pourraient bien nous y renseigner.

Mais comme le dit si bien Etienne de la Boétie dans son petit livre intitulé "Discours de la servitude volontaire": "C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug…"

"Deux hommes, ajoute-t-il, et même dix peuvent bien en craindre un; mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme, cela n’est pas couardise. C’est cela la servitude volontaire."

Du point de vue de la démocratie


Quelle démocratie pourrait-on espérer d’un parti au pouvoir avec des pratiques anti-démocratiques et moins républicaines comme l’UDPS actuellement ?

Depuis et pendant cette longue période d’attente (plus de cinq mois déjà) de la mise en place d’un nouveau gouvernement, après les élections du 20 décembre 2023, on voit défiler devant la reine-mère du « royaume udpsien », la mère biologique du président de la république, toutes les hautes personnalités politiques des grandes institutions de la République: le Sénat, l’Assemblée nationale, la Justice, l’Armée, les Secrétaires Généraux et présidents des partis politiques, les ministres et même la première ministre récemment nommée, madame Judith Tuluka, tous devant chez elle, certains se mettant à génuflexion pour se faire bénir par elle, un véritable culte de personnalité. La mère du président, sa femme ou ses frères sont-ils devenus une autre ou la première des hautes institutions de la République ?

Bien plus, autour du chef de l’Etat, c’est du pareil au même. On voit apparaître certaines pratiques de l’ère Mobutu et même pire, qui ternissent l’image du pays.

La tribalisation du pouvoir autour du chef conduit vers une sorte de déification. On attend des jargons tels que "pouvoir na biso baluba" pour dire "c’est notre pouvoir nous les balubas", pourtant en tout et pour tout, tous les balubas ne se retrouvent pas dans ce pouvoir ni dans ses maladresses politiques. Des pratiques caricaturales qui perdent l’estime du pouvoir ainsi que celle de la fonction politique.

Pendant ce temps un parti qui se dit démocratique, annonce déjà ses intentions de réviser les articles verrouillés de la constitution, le nombre et la durée de mandat, le mode d’élection,…

Cette tentative de toucher à la constitution avait couté cher à Joseph Kabila, entrainant des violations graves au droit de l’homme et un désaveu public; on ne voit pas bien aujourd’hui ce qui pourrait le faire passer pour un régime qui n’a pas des pièces à convaincre le peuple congolais.

Et le progrès social...


Pendant les décennies qu’ils n’étaient pas au pouvoir, ils ont promis monts et merveilles au peuple congolais. "Le peuple d’abord" ont-ils vivement scandé. Le peuple les a crus. Ce slogan a arraché la conviction et l’adhésion du peuple mais cinq ans de pouvoir plus tard c’est le désenchantement qui risque de conduire au désamour. On croit que "le peuple d’abord" s’est transformé en "le peuple à bord…". A bord de l’union, à bord de la démocratie et à bord du progrès social promis avec autant d’intensité et de conviction jusqu’à n’en pouvoir douter. Entretemps, l’industrie des promesses démagogiques n’a jamais tari : si ce n’est pas faire du Congo l’Allemagne de l’Afrique, c’est promettre de manger trois fois par jour, de faire des congolais des millionnaires, de déplacer le quartier général à l’Est pour juguler définitivement l’insécurité de sorte qu’à la moindre escarmouche, on soit capable d’atteindre Kigali sans faire de combat terrestre, etc.

Pendant ce temps l’insécurité à l’Est se porte à merveille, les peuples toujours meurtris, le pays est pillé et décapité de ses deux territoires stratégiques : Masisi et Rutshuru, etc.

L’opposition politique est quasi inexistante, morfondue, désorganisée répondant aux mêmes logiques que tous les partis politiques de la majorité présidentielle tels qu’évoqué dans les premiers paragraphes de ce texte. Aucune ligne idéologique: tantôt à droite, tantôt à gauche, selon la direction du vent, impossible de les distinguer et de les séparer des partis. Ils sèment à tout vent, ils mangent ensemble et se soucient moins du peuple qui devient le dindon de la farce.

On les aura tous essayé de l’opposition comme de la majorité en matière de gestion de la chose publique mais rien ne s’est amélioré, ils sont tous les mêmes. Il va falloir une révolution démocratique défiant tout formalisme politique afin de sauver la démocratie congolaise de toute prédation, qu’elle soit capitaliste ou néocolonialiste. On peut tromper une partie du peuple une fois mais on ne pourra jamais tromper tout le peuple tous les jours. Le train de la démocratie a commencé il y a trente-quatre ans en République démocratique du Congo. Qu’on le veuille ou pas, il continuera contre vents et marées et ne s’arrêtera plus jamais. Il recevra certes des coups mais qui ne lui seront pas mortels. On cherchera en vain de la crucifier mais hélas, plus de cent millions de Congolais aspirent à la démocratie authentique. Il sera donc difficile d’étouffer ces millions d’espoirs démocratiques.